Le clonage désigne principalement deux processus. C'est d'une part la multiplication naturelle ou artificielle à l'identique d'un être vivant c'est-à-dire avec conservation exacte du même génome pour tous les descendants (les clones). C'est donc un synonyme de certaines formes de multiplication asexuée telles que le bouturage. C'est aussi la multiplication provoquée d'un fragment d'ADN par l'intermédiaire d'un micro-organisme.
Ainsi, en biologie, le mot clonage désigne plusieurs choses :
D'une part, le fait de reproduire des organismes vivants pour obtenir des êtres génétiquement identiques ; ceci peut s'appliquer à de simples cellules (clonage cellulaire, par prélèvement d'une seule cellule, qui est mise en culture de manière individuelle) ou bien à des animaux — donc y compris les êtres humains — et des végétaux (clonage reproductif, bouturage). L'ensemble de ces cellules, ou individus, forme un seul et même clone (tant que le patrimoine génétique est identique).
D'autre part, une technique de biologie moléculaire qui consiste à isoler un fragment d'ADN et à le multiplier à l'identique en l'« insérant » dans une molécule d'ADN « porteuse » appelée vecteur permettant son amplification. Cette technique de biologie moléculaire peut-être utilisée pour un clonage partiel, ne portant que sur un fragment de matériel génétique (ADN), mais aussi pour le clonage d'un gène entier permettant la production de la protéine recombinante correspondante. L'« insertion » est souvent réalisée à l'aide d'un vecteur, le plus communément utilisé étant une molécule d'ADN appelée plasmide.
Au sens scientifique, le clonage est l'obtention d'un être vivant génétiquement identique au parent qui lui donne naissance. Il s'oppose donc à la reproduction qui nécessite deux parents. Il ne faut toutefois pas confondre le clonage avec certaines formes de multiplication asexuée telles que la parthénogenèse où nous avons génération de gamètes, donc méiose. Les enfants ne sont pas identiques à leurs parents.
On assimile souvent la naissance de vrais jumeaux ( dits monozygotes ) chez les animaux et chez l'homme à une forme de clonage, plus naturel. Ce n'est cependant pas le cas. En effet, si les deux enfants sont identiques entre eux (techniquement ils forment un clone) ils ne le sont pas à leurs parents et découlent bien d'une reproduction sexuée.
Le terme clone est utilisé pour la première fois en 1903 par le botaniste H.J. Webber en désignant des plantes reproduites par multiplication asexuée. Ce mot sera ensuite réutilisé par J.B.S. Haldane.
Clonage naturel
Dans la nature, le clonage n'est rien de plus qu'un mode de reproduction parmi tous ceux à la disposition des êtres vivants. C'est même le plus répandu puisqu'il concerne toutes les cellules procaryotes (division), presque tous les eucaryotes unicellulaires (mitose) à l'exception de ceux qui pratiquent la reproduction (faisant intervenir la méïose), mais également de nombreux végétaux et animaux pluricellulaires.
Certains animaux dont l'embryon est coupé en deux peuvent donner deux individus génétiquement identiques comme c'est le cas chez les hydres. De plus, les cellules des organismes complexes se reproduisent généralement par clonage.
Le clonage peut être naturel chez les plantes; il est dans ce cas le plus souvent appelé multiplication végétative. Il a lieu par émission de rejets, par marcottage naturel, par division naturelle de rhizomes ou de stolons.
Certaines espèces végétales émettent des rejets, comme l'olivier. Lorsque l'ortet initial vieillit, il émet des rejets sur le pourtour de sa souche. Ces ramets deviennent ensuite autonomes et se séparent entre eux lors de la disparition de la souche initiale avec le temps. D'autres, comme les fraisiers, produisent des stolons, rameaux dont le bourgeon terminal s'enracine au contact d'un substrat favorable et reproduit ainsi, par marcottage naturel, une plante identique à la plante mère. Par bouturage naturel des morceaux de plante peuvent repousser s'ils se retrouvent placés dans de bonnes conditions, et redonner une plante adulte complète.
Clonage artificiel
Clonage végétal
En horticulture et culture, les techniques de reproduction de plantes par clonage peuvent être pratiquées en laboratoire, sous serres ou sur le terrain. Elles sont applicables chez beaucoup de dicotylédones produisant des méristèmes en abondance et sur quelques monocotylédones également (le bananier peut se multiplier par rejets, la canne à sucre par bouturage).. On peut citer le greffage, et le bouturage qui n'existent pas naturellement dans la nature et d'autres techniques cette fois inspirées de la multiplication végétative naturelle : (le marcottage, le démariage de rejets ou la division de rhizomes et de stolons, ...)
En laboratoire, on pratique la Culture in vitro de méristèmes (ou d'autres parties de la plante) produisant des embryons puis des plantules complètes (voir embryogénèse somatique et embryogénèse zygotique). Les techniques in vitro sont les seules qui peuvent être employées pour des monocotylédones comme le palmier dattier, le palmier à huile.
Le comportement et la forme des clones peuvent différer selon la partie de la plante d'où sont extraites les cellules destinées à les produire. Par exemple chez les fraisiers des bourgeons adventifs stipulaires ou donnent des fraisiers à feuilles plus claire et plus rondes. Ils présentent un métabolisme différent, un nombre plus élevé de stolons, un réceptable floral plus court, des étammines aux anthères plus grosses, alors que le clone « axillaire » est, lui, moins bien pollinisé et produit pour cette raison des fruits plus souvent difformes, notamment en l'absence d'agents pollinisateurs
clonage animal
Dans le domaine animal, un pas est franchi au XXe siècle grâce au clonage à partir de noyaux de cellules différenciées réimplantés dans des ovocytes préalablement énucléés. Cette technique aux taux de réussite encore faibles et qui n'a abouti que chez quelques espèces en est à ses balbutiements. Des problèmes de vieillissement accéléré semblent pouvoir être reliés à l'état des télomères. Peut-être que cela empêchera la disparition de plusieurs espèces comme le panda géant ou le gorille des montagnes.
L'embryologiste chinois Tong Dizhou, fut le premier à cloner un animal (une carpe) en 1963, 33 ans avant la brebis Dolly. Il publia ses recherches dans un magazine scientifique chinois qui ne semble pas avoir été traduit à l'époque.[2]
Cette technique a permis de cloner les animaux suivants :
Carpe : 1963, premier clone artificiel issu de cette technique.
Dolly, une brebis, premier mammifère cloné en 1996 (et née le 24 février 1997) à partir d'une cellule spécialisée. Elle mourut en 2003 d'une maladie pulmonaire qu'ont les brebis normalement à 11 ou 12 ans.
« Cumulina », une souris clonée en 1997.
« Marguerite », une vache, clonée par l'INRA en 1998.
« Millie », « Christa », « Alexis », « Carrel » et « Dotcom », 5 petits cochons, clonés en mars 2000.
« Noah », un Gayal, en janvier 2001, une espèce de bœuf sauvage, premier animal en voie d'extinction.
taureaux: mars 2001
« Carbon Copy », ou "Copie carbone" un chat, cloné fin 2001.
souris : 2002
Six lapins, cloné en 2002 par l'INRA.
« Idaho Gem », « Utah Pioneer », « Idaho Star », trois mules, clonées en 2003.
daim : 2003
« Prometa », une jument, clonée en 2003.
« Ralph », le rat, cloné en 2003
drosophile : 2004
« Little Nicky », en 2004, un chat, premier clone produit à but commercial.
Le docteur Hwang, annonce avoir cloné la première cellule humaine, mais quelques mois plus tard il est obligé d'avouer la supercherie.
« Snuppy », un chien, cloné en 2005 en Corée du Sud par le controversé docteur Hwang.
« Paris Texas », un cheval, cloné en 2005.
Le premier primate est cloné en 2007[3]
Toutes ces expériences ont montré que le clonage des mâles est en général plus délicat que celui des femelles. De plus, pour des raisons encore inconnues, seuls 5 à 10 % des oeufs fabriqués et réimplantés produisent des clones viables ou en bonne santé apparente. On ne comprend pas non plus pourquoi certaines cellules d'un organisme se clonent mieux que d'autres.
Un second pas est franchi avant le nouveau millénaire par le clonage de seconde génération (obtention d'organisme clonés à partir d'autres organismes clonés) sur des souris, puis un taureau.
En 2007, il existe près d'un millier de cochons clonés et près de 3000 bovins
Les clones ne sont pas des copies conformes
Seul le matériel génétique du noyau est transféré lors d'un clonage. L'ADN mitochondrial reste celui de la cellule réceptrice tout comme la machinerie nécessaire a la transcription de l'ADN pendant les premières phases du développement embryonnnaire. On parle de régulation épigénétique. De même, des facteurs environnementaux peuvent modifier le devenir des embryons. En pratique les animaux clonés diffèrent sur plusieurs paramètres et sont moins ressemblant que de vrais jumeaux monozygotes (ayant le même patrimoine génétique).
Controverses
Avantages : Le clonage, in vitro notamment permet - à faibles coûts - la production, "délocalisée" de grandes quantités d'individus. Il permet de produire des plantes menacées dans la nature, mais recherchée par les collectionneurs ou amateurs (ex : orchidées qu'il n'est plus nécessaire de prélever dans la nature pour vendre par exemple).
Inconvénients : L'utilisation croissante de clones dans l'agriculture et la sylviculture est source d'une importante perte de biodiversité, et par là de fragilisation d'espèces qui sont des ressources agricoles et pour l'élevage.
Aspects éthiques
Le Groupe européen d'éthique[5] a conclu dans son avis : «Étant donné le niveau actuel de maladies et de problèmes de santé des mères porteuses et des animaux clonés, le groupe doute que le clonage d'animaux à des fins alimentaires soit justifié d'un point de vue éthique. La question de savoir si cela s'applique également à la progéniture demande une recherche scientifique plus poussée. À l'heure actuelle, le GEE ne voit pas d'arguments convaincants pouvant justifier la production d'aliments à partir d'animaux clonés et de leur progéniture[6]». Ce groupe a aussi listé des mesures à prendre en cas d'introduction d'aliments issus d'animaux clonés dans l'UE.
Les promoteurs du clonage d'animaux d'élevage estiment qu'il répond à des enjeux de recherche agronomique (accélérer la sélection animale, sauver des races en voie de disparition) et scientifique (mieux comprendre les mécanismes de la régulation épigénétique des premières phases du développement embryonnaire). La sécurité des aliments issus d'animaux clonés reste discutée, malgré la publication d'un avis favorable de la Food and Drug Administration (organisme fédéral américain chargé de contrôler la qualité des produits alimentaires mis en vente sur le marché américain) estimant que «la viande et le lait issus de bovins, de porcs et de chèvres clonés, ainsi que de la progéniture de clones d'espèces traditionnellement consommées sous forme d'aliments, ne présentent pas plus de dangers que ceux issus d'animaux élevés selon les méthodes classiques (sic!) [...] L'agence n'exige pas l'étiquetage, ni aucune autre mesure supplémentaire, pour les aliments issus de clones de bovins, porcs ou chèvres clonés, ou de leur progéniture, car les aliments issus de ces sources ne diffèrent aucunement de ceux issus de bêtes élevées selon des méthodes classiques [...] Étant donné que les clones seraient utilisés pour l'élevage, leur introduction dans la chaîne alimentaire ne se ferait pas en nombres importants. Au contraire, leur progéniture issue de la reproduction sexuelle serait utilisée pour la production de viande et de lait destinés à la commercialisation. À l'heure actuelle, l'agence continue de recommander que les aliments issus d'espèces clonées autres que les bovins, porcs et chèvres (ex. les ovins) ne soient pas introduits dans la chaîne alimentaire» .
Début 2008, l'EFSA (Agence européenne de la sécurité alimentaire) prépare un nouvel avis sur ces questions
Conséquences évolutives
Le clonage, par copie d'un génome, ne permet pas la diversification et recombinaison du gène caractéristique de la reproduction sexuée. Or cette dernière est selon la théorie de l'évolution le moyen de l'adaptation du Vivant et de la biosphère aux changements environnementaux, et le gage de co-évolution des organismes à reproduction sexuée avec celle de leurs prédateurs, pathogènes et parasites.
Clonage humain
Au delà des questions techniques relevant du clonage animal en général, le clonage de l'humain pose des problèmes philosophiques nouveaux, débouchant sur la nécessité d'établir une législation spécifique. Quelques chercheurs travaillent actuellement sur le clonage humain reproductif. Sans nier l'exploit technologique que constituerait une telle réalisation, la tendance internationale semble pencher vers l'interdiction, pour l'instant, des recherches sur le domaine. Ceci étant, un sondage CNN[8] montre un intérêt toujours grandissant du public pour la technique. Arnold Schwarzenegger, gouverneur de la Californie a milité en faveur du clonage humain [9]. Les opposants au clonage semblent d'autant plus pressés d'arriver à un consensus international. Les États-Unis, avec plus de cinquante autres pays, ont signé un appel à une interdiction totale du clonage humain. Un autre texte interdisant seulement le clonage reproductif a été rédigé par la Belgique et soutenu par plus de vingt pays, dont la Russie, le Japon, le Royaume-Uni, la Corée du Sud et le Danemark. La recherche en faveur du clonage humain reproductif exprime une quête encore fantasmatique, de l'homme, pour son immortalité.
Fin 2002,la firme Clonaid, associée au mouvement raëlien, a affirmé avoir réalisé le clonage d'êtres humains mais aucune preuve scientifique de leur existence ne fut apportée.
Il est admis scientifiquement que l'identité de l'être ne se résume pas à son génotype, ce qui signifie qu'il est impossible de produire deux êtres identiques simplement en dupliquant un génome. Le cas de vrais jumeaux (dits monozygotes), qui peut être techniquement apparenté au clone, ne peut être considéré comme un exemple de clonage humain, au sens où le principe de reproduction sexué entre deux parents est assuré naturellement, sans intervention technologique, et après brassage génétique.
Mais tout ceci pose des questions éthiques, philosophiques, et religieuses importantes en ce début de XXIe siècle conduisant à de nombreux débats.
Cette nouvelle forme de génération présente par exemple des difficultés juridiques concernant le statut légal du clone. Notamment lorsque l'on parle de clonage « thérapeutique », qui implique que le clone soit mis au service d'autrui par sa destruction partielle, voire totale. De ce point de vue, certaines questions éthiques posées peuvent rejoindre celles de l’IVG.
En mai 2005, des chercheurs de Corée du Sud et du Royaume-Uni ont annoncé les premiers clonages d’embryons humains à des fins de recherches thérapeutiques.
En 2008, des chercheurs américains, des entreprises Stemagen et Reproductive Science Center, ont annoncé avoir obtenu trois embryons clonés à partir de cellules adultes (cellules de peau) et d'ovocytes énucléés. C'est la première fois que des embryons sont obtenus à partir de cellules qui ne sont pas des cellules souches.
vendredi 30 janvier 2009
l`euthanasie
`À l'origine, l'euthanasie (gr: ευθανασία - ευ, bonne, θανατος, mort) désigne l'acte mettant fin à la vie d'une autre personne pour lui éviter l'agonie1.
Dans une acception plus contemporaine et plus restreinte, celle retenue par le Petit Larousse, l'euthanasie est décrite comme une pratique visant à provoquer la mort d'un individu atteint d'une maladie incurable qui lui inflige des souffrances morales et/ou physiques intolérables, particulièrement par un médecin ou sous son contrôle2.
On emploie le mot aide au suicide pour désigner le fait de fournir un environnement et des moyens nécessaires à une personne pour qu'elle se suicide quelqu'en soient les motivations. Dans ce cas, c'est le "patient" lui-même qui déclenche sa mort et non une autre personne, ceci constitue une preuve de sa volonté de mourir qui distingue le suicide de l'euthanasie ou d'un meurtre déguisé. Un autre usage abusif du mot est son application aux soins palliatifs, qui ne visent jamais à hâter le décès ou éviter le prolongement de l'agonie des patients même si, pour soulager la douleur, il arrive aux soignants d'user de doses d'analgésiques ou d'antalgiques risquant d'anticiper la mort.
Longtemps appliqué à des pratiques destinées aux seuls humains, le mot est désormais employé pour les autres espèces, et l'on parle alors d'euthanasie animale, effectuée dans l'intérêt supposé d'un animal ou d'un groupe d'animaux, par opposition à l'abattage, effectué dans l'intérêt des humains3.
Le terme d'euthanasie a aussi été utilisé dans le cadre de certaines théories eugéniques de la première moitié du XXe siècle pour désigner le fait d'éliminer certaines populations jugées inaptes à la vie en société ou défavorables à la destinée du groupe social (malades mentaux, handicapés), notamment dans le programme nazi Aktion T4. Ce dévoiement du terme (le programme ne visait pas à adoucir la mort ni à épargner des souffrances, et ses victimes n'avaient rien demandé) a parasité les débats sur l'euthanasie pendant toute la seconde moitié du 20e siècle4.
Étymologie et histoire du terme
Le mot euthanasie est formé de deux éléments tirés du grec, le préfixe eu, « bien », et le mot thanatos, « mort » ; il signifie donc littéralement bonne mort, c'est-à-dire mort dans de bonnes conditions.
Le mot a été inventé par le philosophe anglais Francis Bacon (1561-1626), et apparaît dans un texte de 1605:
« L'office du médecin n'est pas seulement de rétablir la santé, mais aussi d'adoucir les douleurs et souffrances attachées aux maladies ; et cela non pas seulement en tant que cet adoucissement de la douleur, considérée comme un symptôme périlleux, contribue et conduit à la convalescence, mais encore afin de procurer au malade, lorsqu'il n'y a plus d'espérance, une mort douce et paisible ; car ce n'est pas la moindre partie du bonheur que cette euthanasie [...]. Mais de notre temps les médecins [...], s'ils étaient jaloux de ne point manquer à leur devoir, ni par conséquent à l'humanité, et même d'apprendre leur art plus à fond, ils n'épargneraient aucun soin pour aider les agonisants à sortir de ce monde avec plus de douceur et de facilité[5]. »
Il est défini comme « mort heureuse » dans le Dictionnaire de Trévoux (éd. 1771), ce qui atteste de son emploi en français dès ce siècle. Jusqu'à la fin du XIXe siècle il a cet emploi d'« adoucissement de la mort » (« Euthanasie ou Traitement médical pour procurer une mort facile et sans douleur »; William Munk 1888, traduction 1889).
Au XIXe siècle le sens s'infléchit, d'abord, sous l'influence de l'eugénisme dans le sens d'une élimination « douce » de populations « non désirables », puis d'élimination de ces populations sans que le sens de « bonne mort » soit retenu. À ce titre elle intègre l'ensemble des moyens envisagés par les eugénismes scientifiques ou idéologiques pour empêcher ou limiter l'existence de ces populations : stérilisations et avortements forcés, enfermement, déportation, séparation des sexes, etc. Le point culminant de ces pratiques dites d'euthanasie, et leur première réalisation à grande échelle, est le programme Aktion T4 mis en place par le national-socialisme du Troisième Reich en 1939, et qui s'inscrit dans le programme plus large d'hygiène raciale des nazis, dont l'achèvement est la « solution finale », l'élimination planifiée des juifs au premier chef, mais aussi des tsiganes et autres populations considérées indésirables.
Après la Seconde Guerre mondiale, le mot est principalement associé à son emploi euphémistique et fallacieux de la première moitié du siècle, et à ce titre connoté négativement. Ce n'est que dans la décennie 1970, et dans le cadre de la lutte contre ce qu'on commence à nommer acharnement thérapeutique que l'on revient à un emploi plus proche du sens initial, tout en lui ajoutant des acceptions nouvelles.
Dès lors que les progrès de la médecine dans la préservation et le prolongement de la vie ont connu des progrès décisifs, s'est posée la question des limites à poser aux pratiques de «maintien de la vie». Le débat public sur ce sujet amena la profession médicale, les philosophes et les théologiens à débattre du sujet de la qualité de la vie, et des droits pour un être humain de déterminer le moment où cette qualité s’est dégradée tant qu'il devient acceptable et licite de mettre un terme à son agonie et sa souffrance, et in fine amené les États à légiférer en ces matières, dans le cadre de l'arsenal législatif connu en France comme lois de bioéthique.
Un autre élément majeur qui a fait émerger le débat politique sur l'euthanasie est l'abandon graduel du paternalisme médical (où le médecin savait ce qui était bon pour le patient, et donc prenait seul les décisions médicales) pour le respect de l'autonomie du citoyen, qui décide de son propre sort.
L'euthanasie comme pratique et concept [modifier]
La pratique de l'euthanasie n'est pas un problème nouveau. Il suffit en effet d'être gravement malade pour que se pose cette question. L'euthanasie est donc un problème persistant dans lequel s'affrontent des idéologies de différents horizons.
En Grèce antique, le principe ne posait généralement pas de problèmes moraux : la conception dominante était qu'une mauvaise vie n'est pas digne d'être vécue, c'est pourquoi eugénisme (par exposition) et euthanasie pouvaient, en général, ne pas choquer.
Cependant certains, tel Hippocrate, avaient une conception autre des choses et, dans le Serment d'Hippocrate il est interdit aux médecins toutes les formes d'aides au suicide:
« je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion »
. En France, ce serment a été réactualisé en 1996 par le professeur Bernard Hoerni dans un sens plus libéral tenant compte des évolutions de la société, notamment en ce qui concerne le concept d'acharnement thérapeutique:
« « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément ». »
L'euthanasie a en outre été pratiquée par les Celtes, chez les Gaulois, c'est "le dieu au maillet", Sucellos qui était, selon les croyances, le patron de ces pratiques. En Bretagne armoricaine, surtout dans le Vannetais, un « maillet bénit » (Mel Béniguet) a été utilisé jusqu'au début du XXe siècle pour achever ceux dont la mort s'éternisait sur la demande de la famille et sous l'autorité du prêtre et de quelques notables de la paroisse. L'utilisation du "Mel Béniguet" a été attesté à Guénin, Locmariaquer, Carnac, Guern ou encore Brec'h.
Le concept est défendu par Thomas More, dans son Utopie (1516), où il parle de volontary death, lorsque, à des maux incurables se joignent d'atroces souffrances que rien ne peut suspendre ou adoucir.[6]
Typologie [modifier]
Les formes d'aide à la fin de vie:
l'euthanasie active désigne un acte volontaire en vue d'abréger la vie du patient.
l'euthanasie passive consiste à cesser un traitement curatif ou à arrêter l'usage d'instruments ou de produits maintenant un patient en vie et se distingue de l'euthanasie active par le fait qu'on n'utilise aucun moyen hâtant sa mort.
l' aide au suicide l'aide par fourniture de moyens à une personne désirant mettre fin à ses jours. Il faut que la demande émane de la personne, sinon c'est de l'incitation au suicide[7].
Les conditions de cette aide à la fin de vie:
Euthanasie volontaire : lorsqu'un individu a la capacité mentale et physique de demander de l'aide pour mourir et qu'il le demande ;
Euthanasie non volontaire, acception 1 : lorsqu'un individu n'a plus la capacité mentale et physique de demander de l'aide pour mourir mais a précédemment exprimé une telle volonté ;
Euthanasie non volontaire, acception 2 : lorsqu'un individu n'a plus la capacité mentale et physique de demander de l'aide pour mourir ou de s'y opposer et qu'on ignore quelle aurait été sa volonté ;
Le dernier cas ne ressort pas proprement de l'euthanasie dans une acception stricte, mais plutôt dans l'acception élargie de « fin de l'acharnement thérapeutique ».
Législation et pratique judiciaire [modifier]
Article détaillé : Législation sur l'euthanasie par pays.
La majorité des États ne reconnait pas ou interdit l'euthanasie et les autres formes d'aide à la fin de vie, mais dans beaucoup d'entre eux, notamment en Europe et en Amérique du nord, il existe une tolérance implicite ou explicite à l'encontre de ces pratiques, pour autant qu'elles se déroulent dans un cadre règlementé.
L'euthanasie est autorisée, sous conditions, dans certains pays européens, comme la Belgique et les Pays-Bas.
L'euthanasie reste, contrairement à l'opinion courante, interdite au Luxembourg, car la proposition de loi n'a pas encore passé le second vote constitutionnel et S.A.R. le Grand-Duc Henri n'a pas encore signé la loi ; c'est-à-dire que la loi n'est pas encore en vigueur.
En Suisse, si l'euthanasie reste interdite, le suicide assisté est en revanche autorisé dans les mêmes conditions que pour les deux pays mentionnés, par le biais de l'association Exit Suisse. (Autres Associations : Exit International, Dignitas , La Chrysalide ...)
En France, il s'agit d'un assassinat ou d'un empoisonnement prémédité punissable théoriquement de la réclusion criminelle à perpétuité[8]. Si la loi réprime formellement l'euthanasie et le suicide assisté, entre 1998 et 2005 les textes règlementaires et législatifs ont cependant élargi les possibilités de cessation de l'acharnement thérapeutique et étendu les droits du malade « à une fin digne » ; et dans la pratique judiciaire, la plupart des affaires ressortant de ces questions donnent le plus souvent lieu, depuis le début de la décennie 2000, à des non-lieux ou à des peines symboliques. Dans le cas de personne n'étant pas gravement malade, la simple connaissance du projet suicidaire sans porter secours peut justifier des poursuites pour "abstention délictueuse de porter secours à personne en danger.[9]
Aux États-Unis, par le référendum du 4 novembre 2008, le district de Columbia (Washington DC) a autorisé le recours à l’euthanasie pour les malades en phase terminale[10].
Au Canada, où l'euthanasie est un acte condamnable, le 12 décembre 2008, un jury d'Alma dans le Saguenay-Lac-Saint-Jean acquitta Stéphan Dufour, accusé d'avoir aidé son oncle malade à s'enlever la vie.[11]
Euthanasie animale
Article détaillé : Euthanasie animale.
Arguments pour et contre l'euthanasie
Réticences et oppositions
Interdit par de nombreuses religions :
l'homme ne dispose pas de sa vie : elle est un don (christianisme et islam par exemple) ;
risque de dérapage :
pressions financières sur le malade à cause du coût élevé des soins pour les proches ;
pressions financières pour les plus pauvres, qui risquent de « préférer » mourir rapidement ;
pressions morales de la part des proches ;
difficulté de changer d'avis à partir d'un certain point (inconscience) ;
interférence fréquente entre les notions de souffrance du patient et de souffrance de l'entourage ;
risque de dérive :
eugénisme, sélection des individus par rapport à une conception de la vie bonne ;
par suite, peut devenir un instrument de domination sociale ;
sans compter les héritiers qui peuvent en profiter pour accélérer un héritage ;
inutilité : Une partie des médecins estime que les progrès en matière d'anti-douleurs et de tranquillisants (soins palliatifs) rendent l'euthanasie inutile.
incapacité de décider, la décision peut être prise par quelqu'un d'autre.
Tolérances
dignité humaine :
les mourants dans les sociétés modernes sont abandonnés à l'hôpital et leurs souffrances sont peu prises en compte par les médecins ;
évite la clandestinité du geste ; de fait, le geste étant encadré, évite aussi les dérives ;
la maladie est perçue comme une dégradation inacceptable par le patient;
la maladie peut entraîner des altérations des facultés psychiques (raison et volonté en particulier) sur lesquelles reposent les valeurs morales de l'Occident ;
fin de la souffrance ; si les douleurs sont actuellement bien prises en compte et souvent calmées de manière efficace, en particulier dans les services de soins palliatifs, il persiste des souffrances importantes qui ne sont pas des douleurs:
la perte progressive du contrôle sur son propre corps, comme dans le cas de maladies neurodégénératives,
la sensation d'étouffement,
la déformation de son corps, et surtout de son visage,
la perte définitive de son autonomie.
Dans ces conditions, l'apport des soins palliatifs ne permet pas toujours d'apaiser la souffrance, et l'euthanasie reste une porte de sortie.
l'Homme est seul titulaire des droits associé à son corps, seul maître de sa vie ; c'est la simple application de la liberté individuelle. Il doit être le seul à décider de ce qu'il veut faire de son corps mais aussi de son esprit, c’est-à-dire de ce qui fait qu'il existe en tant qu'Homme.
Juridiquement, le corps humain, considéré comme une "chose sacrée", est un élément extrapatrimonial. il ne peut donc être question de propriété de celui-ci. Ceci résulte des principes d'indisponibilité du corps humain et de l'état des personnes contenus dans le Code Civil (art. 16 et s.).
liberté de choix du malade, qui sait mieux que quiconque ce qu'il désire.
Cela permettrait aussi d'éviter l'acharnement thérapeutique régi et interdit par la loi Kouchner du 4 mars 2002
dépendance très importante ou totale de l'aide d'autrui.
sentiment d'inutilité sociale.
la maladie est une épreuve difficile à surmonter donc ne pas trouver une solution à la pathologie est encore plus dure.
Très souvent, dans les pays où la pratique est possible, le simple fait que le médecin réponde à un patient qu'il accepterait, le cas échéant, de discuter d'une éventuelle euthanasie diminue les angoisses du malade.
Selon un sondage de 2000, 70% du corps médical français, se déclare favorable ou très favorable à l'exception d'euthanasie (acte voulu par le patient ou son représentant, en accord avec l'équipe de soins)[12]. Au cours d'une autre enquête, réalisée par l'INSERM, 45% des médecins généralistes français sont favorables à une légalisation de l’euthanasie comparable à celle des Pays-Bas.
Affaires ayant trait à l'euthanasie [modifier]
La justice étant soumise au secret de l'instruction et la définition de l'euthanasie étant difficile, il s'agira ici, de personnes se réclamant auteurs de cette pratique et inquiétées par la justice pour cette raison.
En 2008, en France, le cas de Chantal Sébire, âgée de 52 ans, défigurée par un esthésioneuroblastome et qui demande au président de la république, Nicolas Sarkozy, le droit de mourir dans la dignité sans avoir à se rendre dans un pays étranger acceptant l'euthanasie. Ce droit lui a été refusé.
Le 15 mars 2007 en France, le jury des assises de la Dordogne a condamné la docteur Laurence Tramois à un an de prison avec sursis, et a acquitté l'infirmière Chantal Chanel. En 2003, le médecin avait prescrit et l'infirmière avait administré une injection mortelle de potassium à Mme Druais, 65 ans, une patiente atteinte d'un cancer du pancréas en phase terminale, elles étaient depuis accusées d'empoisonnement. Les juges et les jurés n'ont donc pas suivi totalement l'avocat général Yves Squercioni qui demandait des peines de principes plus lourdes : un an de prison avec sursis contre l'infirmière et deux ans de prison avec sursis contre le médecin. La défense avait plaidé l'acquittement en demandant aux jurés de mettre fin à "l'hypocrisie" entourant selon elle ce débat de société. Le ministère public souhaitait quant à lui des peines symboliques pour que soit rappelé le principe de droit qui interdit à un médecin de donner la mort.
En 2005, le cas de Christine Malèvre, infirmière française condamnée;
En 2003, l'affaire Vincent Humbert, décédé en France; (qui a d'ailleurs accéléré en France le processus de législation sur la fin de vie et les soins palliatifs.)
L'affaire Terri Schiavo aux États-Unis, au terme de laquelle, les médecins décident de ne pas la réintuber et de la laisser mourir de déshydratation, seule alternative légale en accord avec la loi de l'État.
L'affaire Karen Ann Quinlan aux États-Unis.
En 2006, Piergiorgio Welby avait été, à sa demande, débranché du respirateur qui le faisait survivre. Le médecin a été relaxé par la justice italienne après que l'Ordre des médecins italiens eut approuvé son attitude.
Au niveau européen, la Cour Européenne des Droits de l'Homme se montre très réticente à l'égard de l'euthanasie. On peut notamment le constater dans l'affaire Diane Pretty c. Royaume-Uni du 29 avril 2002, dans laquelle la Cour a refusé de reconnaître un quelconque "droit à la mort" par le biais de l'art.2 CEDH, consacrant le droit à la vie. En effet, pour la Cour, celui-ci ne saurait être interprété sans distorsion de langage de manière négative, c'est-à-dire comme conférant un droit diamétralement opposé, à savoir un droit à mourir. Il ne saurait davantage conférer un droit à l'autodétermination en ce sens qu'il donnerait à tout individu le droit de choisir la mort plutôt que la vie. En conséquence, il n'est pas possible de déduire de l'art. 2 CEDH un droit à mourir, que ce soit de la main d'un tiers ou avec l'assistance d'une autorité publique.
Affaires Yves le Bonniec, l'un des auteurs du livre Suicide, mode d'emploi, condamné à 2 reprises pour "abstention délictueuse de porter secours à personne en danger" pour n'avoir pas porté secours à des lecteurs désespérés qui lui ont écrit avant de se suicider. Dans l'une des affaires, le délit a été constitué par la simple connaissance du projet de suicide du malheureux sans lui porter secours, la réponse au lecteur établissant qu'Yves le Bonniec connaissait l'intention suicidaire de cette personne.
Euthanasie et religion
Cet article est sujet à caution car il ne cite pas suffisamment ses sources. (date inconnue)
Pour rendre l'article vérifiable, signalez les passages sans source avec {{Référence nécessaire}} et liez les informations aux sources avec les notes de bas de page. (modifier l'article)
Religion catholique
Pour le catholicisme, dont la doctrine à ce sujet a été explicitée par la lettre encyclique Evangelium vitae (L'Évangile de la vie) du pape Jean-Paul II en 1995, l'euthanasie est en opposition directe avec le 5e commandement : « Tu ne tueras point » (Exode XX/13). En conséquence, toute forme d'euthanasie est prohibée.
« (...)l’euthanasie est donc un crime qu’aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer. Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s’y opposer par l’objection de conscience ». Evangelium vitae, n°73
Le Vatican a réaffirmé en septembre 2007 que l'alimentation des patients dans un "état végétatif" était "obligatoire", à propos du cas de Terri Schiavo, une Américaine dans le coma pendant 15 ans et décédée en 2005 après que son alimentation eut été interrompue[13]
Islam [modifier]
Cet article est sujet à caution car il ne cite pas suffisamment ses sources. (juin 2008)
Pour rendre l'article vérifiable, signalez les passages sans source avec {{Référence nécessaire}} et liez les informations aux sources avec les notes de bas de page. (modifier l'article)
Dans la religion islamique, l’homme représente l’œuvre divine la plus importante et la plus complexe. Il est la créature qui porte l’empreinte divine et qui représente son pouvoir sur la terre.
L’euthanasie active est interdite juridiquement (shar’an), car elle correspond à un meurtre commis par le médecin, même lorsqu’il agit à la demande du patient, en ayant l’intention d’abréger sa souffrance. Le médecin ne peut pas être plus miséricordieux envers le patient que Dieu qui lui a donné la vie et qui la lui reprend dans les conditions qu’il veut. La seule chose permise est de laisser le patient mourir naturellement.
L’euthanasie passive ne peut pas être interdite, dans ces cas précis, du fait que la majorité des juristes musulmans n’impose pas les soins médicaux même dans des cas où l’on espère la guérison. Ils ont considéré que se soigner fait partie du permis (mubâh), et nullement de l’obligatoire.
Bouddhisme [modifier]
Pour le bouddhisme, la mort n'est pas la fin du continuum de l'esprit d'une personne, et en conséquence, le suicide est déconseillé. D'une manière générale, le bouddhisme considère la suppression de la vie comme un acte négatif. Par contre, du point de vue du médecin, l'euthanasie peut être un acte de compassion, et son analyse devient délicate et complexe; la condamnation d'une euthanasie n'est pas automatique.[14],[15]
De grands maîtres du bouddhisme tibétain comme Kalou Rinpoché ou Dilgo Khyentse Rinpoché ne sont pas défavorables à l’euthanasie passive. Par contre, le 14e Dalaï Lama met en garde contre l’euthanasie active, expliquant qu’en essayant d’échapper aux souffrances de cette vie, nous pourrions être confronté à ces mêmes souffrances dans une vie future dans des conditions plus difficiles.[16]
Le bouddhisme theravada a une position semblable : selon le code monastique (Vinaya), l'euthanasie active ou le suicide assisté sont des fautes graves, alors que l'euthanasie passive est une faute légère
Dans une acception plus contemporaine et plus restreinte, celle retenue par le Petit Larousse, l'euthanasie est décrite comme une pratique visant à provoquer la mort d'un individu atteint d'une maladie incurable qui lui inflige des souffrances morales et/ou physiques intolérables, particulièrement par un médecin ou sous son contrôle2.
On emploie le mot aide au suicide pour désigner le fait de fournir un environnement et des moyens nécessaires à une personne pour qu'elle se suicide quelqu'en soient les motivations. Dans ce cas, c'est le "patient" lui-même qui déclenche sa mort et non une autre personne, ceci constitue une preuve de sa volonté de mourir qui distingue le suicide de l'euthanasie ou d'un meurtre déguisé. Un autre usage abusif du mot est son application aux soins palliatifs, qui ne visent jamais à hâter le décès ou éviter le prolongement de l'agonie des patients même si, pour soulager la douleur, il arrive aux soignants d'user de doses d'analgésiques ou d'antalgiques risquant d'anticiper la mort.
Longtemps appliqué à des pratiques destinées aux seuls humains, le mot est désormais employé pour les autres espèces, et l'on parle alors d'euthanasie animale, effectuée dans l'intérêt supposé d'un animal ou d'un groupe d'animaux, par opposition à l'abattage, effectué dans l'intérêt des humains3.
Le terme d'euthanasie a aussi été utilisé dans le cadre de certaines théories eugéniques de la première moitié du XXe siècle pour désigner le fait d'éliminer certaines populations jugées inaptes à la vie en société ou défavorables à la destinée du groupe social (malades mentaux, handicapés), notamment dans le programme nazi Aktion T4. Ce dévoiement du terme (le programme ne visait pas à adoucir la mort ni à épargner des souffrances, et ses victimes n'avaient rien demandé) a parasité les débats sur l'euthanasie pendant toute la seconde moitié du 20e siècle4.
Étymologie et histoire du terme
Le mot euthanasie est formé de deux éléments tirés du grec, le préfixe eu, « bien », et le mot thanatos, « mort » ; il signifie donc littéralement bonne mort, c'est-à-dire mort dans de bonnes conditions.
Le mot a été inventé par le philosophe anglais Francis Bacon (1561-1626), et apparaît dans un texte de 1605:
« L'office du médecin n'est pas seulement de rétablir la santé, mais aussi d'adoucir les douleurs et souffrances attachées aux maladies ; et cela non pas seulement en tant que cet adoucissement de la douleur, considérée comme un symptôme périlleux, contribue et conduit à la convalescence, mais encore afin de procurer au malade, lorsqu'il n'y a plus d'espérance, une mort douce et paisible ; car ce n'est pas la moindre partie du bonheur que cette euthanasie [...]. Mais de notre temps les médecins [...], s'ils étaient jaloux de ne point manquer à leur devoir, ni par conséquent à l'humanité, et même d'apprendre leur art plus à fond, ils n'épargneraient aucun soin pour aider les agonisants à sortir de ce monde avec plus de douceur et de facilité[5]. »
Il est défini comme « mort heureuse » dans le Dictionnaire de Trévoux (éd. 1771), ce qui atteste de son emploi en français dès ce siècle. Jusqu'à la fin du XIXe siècle il a cet emploi d'« adoucissement de la mort » (« Euthanasie ou Traitement médical pour procurer une mort facile et sans douleur »; William Munk 1888, traduction 1889).
Au XIXe siècle le sens s'infléchit, d'abord, sous l'influence de l'eugénisme dans le sens d'une élimination « douce » de populations « non désirables », puis d'élimination de ces populations sans que le sens de « bonne mort » soit retenu. À ce titre elle intègre l'ensemble des moyens envisagés par les eugénismes scientifiques ou idéologiques pour empêcher ou limiter l'existence de ces populations : stérilisations et avortements forcés, enfermement, déportation, séparation des sexes, etc. Le point culminant de ces pratiques dites d'euthanasie, et leur première réalisation à grande échelle, est le programme Aktion T4 mis en place par le national-socialisme du Troisième Reich en 1939, et qui s'inscrit dans le programme plus large d'hygiène raciale des nazis, dont l'achèvement est la « solution finale », l'élimination planifiée des juifs au premier chef, mais aussi des tsiganes et autres populations considérées indésirables.
Après la Seconde Guerre mondiale, le mot est principalement associé à son emploi euphémistique et fallacieux de la première moitié du siècle, et à ce titre connoté négativement. Ce n'est que dans la décennie 1970, et dans le cadre de la lutte contre ce qu'on commence à nommer acharnement thérapeutique que l'on revient à un emploi plus proche du sens initial, tout en lui ajoutant des acceptions nouvelles.
Dès lors que les progrès de la médecine dans la préservation et le prolongement de la vie ont connu des progrès décisifs, s'est posée la question des limites à poser aux pratiques de «maintien de la vie». Le débat public sur ce sujet amena la profession médicale, les philosophes et les théologiens à débattre du sujet de la qualité de la vie, et des droits pour un être humain de déterminer le moment où cette qualité s’est dégradée tant qu'il devient acceptable et licite de mettre un terme à son agonie et sa souffrance, et in fine amené les États à légiférer en ces matières, dans le cadre de l'arsenal législatif connu en France comme lois de bioéthique.
Un autre élément majeur qui a fait émerger le débat politique sur l'euthanasie est l'abandon graduel du paternalisme médical (où le médecin savait ce qui était bon pour le patient, et donc prenait seul les décisions médicales) pour le respect de l'autonomie du citoyen, qui décide de son propre sort.
L'euthanasie comme pratique et concept [modifier]
La pratique de l'euthanasie n'est pas un problème nouveau. Il suffit en effet d'être gravement malade pour que se pose cette question. L'euthanasie est donc un problème persistant dans lequel s'affrontent des idéologies de différents horizons.
En Grèce antique, le principe ne posait généralement pas de problèmes moraux : la conception dominante était qu'une mauvaise vie n'est pas digne d'être vécue, c'est pourquoi eugénisme (par exposition) et euthanasie pouvaient, en général, ne pas choquer.
Cependant certains, tel Hippocrate, avaient une conception autre des choses et, dans le Serment d'Hippocrate il est interdit aux médecins toutes les formes d'aides au suicide:
« je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion »
. En France, ce serment a été réactualisé en 1996 par le professeur Bernard Hoerni dans un sens plus libéral tenant compte des évolutions de la société, notamment en ce qui concerne le concept d'acharnement thérapeutique:
« « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément ». »
L'euthanasie a en outre été pratiquée par les Celtes, chez les Gaulois, c'est "le dieu au maillet", Sucellos qui était, selon les croyances, le patron de ces pratiques. En Bretagne armoricaine, surtout dans le Vannetais, un « maillet bénit » (Mel Béniguet) a été utilisé jusqu'au début du XXe siècle pour achever ceux dont la mort s'éternisait sur la demande de la famille et sous l'autorité du prêtre et de quelques notables de la paroisse. L'utilisation du "Mel Béniguet" a été attesté à Guénin, Locmariaquer, Carnac, Guern ou encore Brec'h.
Le concept est défendu par Thomas More, dans son Utopie (1516), où il parle de volontary death, lorsque, à des maux incurables se joignent d'atroces souffrances que rien ne peut suspendre ou adoucir.[6]
Typologie [modifier]
Les formes d'aide à la fin de vie:
l'euthanasie active désigne un acte volontaire en vue d'abréger la vie du patient.
l'euthanasie passive consiste à cesser un traitement curatif ou à arrêter l'usage d'instruments ou de produits maintenant un patient en vie et se distingue de l'euthanasie active par le fait qu'on n'utilise aucun moyen hâtant sa mort.
l' aide au suicide l'aide par fourniture de moyens à une personne désirant mettre fin à ses jours. Il faut que la demande émane de la personne, sinon c'est de l'incitation au suicide[7].
Les conditions de cette aide à la fin de vie:
Euthanasie volontaire : lorsqu'un individu a la capacité mentale et physique de demander de l'aide pour mourir et qu'il le demande ;
Euthanasie non volontaire, acception 1 : lorsqu'un individu n'a plus la capacité mentale et physique de demander de l'aide pour mourir mais a précédemment exprimé une telle volonté ;
Euthanasie non volontaire, acception 2 : lorsqu'un individu n'a plus la capacité mentale et physique de demander de l'aide pour mourir ou de s'y opposer et qu'on ignore quelle aurait été sa volonté ;
Le dernier cas ne ressort pas proprement de l'euthanasie dans une acception stricte, mais plutôt dans l'acception élargie de « fin de l'acharnement thérapeutique ».
Législation et pratique judiciaire [modifier]
Article détaillé : Législation sur l'euthanasie par pays.
La majorité des États ne reconnait pas ou interdit l'euthanasie et les autres formes d'aide à la fin de vie, mais dans beaucoup d'entre eux, notamment en Europe et en Amérique du nord, il existe une tolérance implicite ou explicite à l'encontre de ces pratiques, pour autant qu'elles se déroulent dans un cadre règlementé.
L'euthanasie est autorisée, sous conditions, dans certains pays européens, comme la Belgique et les Pays-Bas.
L'euthanasie reste, contrairement à l'opinion courante, interdite au Luxembourg, car la proposition de loi n'a pas encore passé le second vote constitutionnel et S.A.R. le Grand-Duc Henri n'a pas encore signé la loi ; c'est-à-dire que la loi n'est pas encore en vigueur.
En Suisse, si l'euthanasie reste interdite, le suicide assisté est en revanche autorisé dans les mêmes conditions que pour les deux pays mentionnés, par le biais de l'association Exit Suisse. (Autres Associations : Exit International, Dignitas , La Chrysalide ...)
En France, il s'agit d'un assassinat ou d'un empoisonnement prémédité punissable théoriquement de la réclusion criminelle à perpétuité[8]. Si la loi réprime formellement l'euthanasie et le suicide assisté, entre 1998 et 2005 les textes règlementaires et législatifs ont cependant élargi les possibilités de cessation de l'acharnement thérapeutique et étendu les droits du malade « à une fin digne » ; et dans la pratique judiciaire, la plupart des affaires ressortant de ces questions donnent le plus souvent lieu, depuis le début de la décennie 2000, à des non-lieux ou à des peines symboliques. Dans le cas de personne n'étant pas gravement malade, la simple connaissance du projet suicidaire sans porter secours peut justifier des poursuites pour "abstention délictueuse de porter secours à personne en danger.[9]
Aux États-Unis, par le référendum du 4 novembre 2008, le district de Columbia (Washington DC) a autorisé le recours à l’euthanasie pour les malades en phase terminale[10].
Au Canada, où l'euthanasie est un acte condamnable, le 12 décembre 2008, un jury d'Alma dans le Saguenay-Lac-Saint-Jean acquitta Stéphan Dufour, accusé d'avoir aidé son oncle malade à s'enlever la vie.[11]
Euthanasie animale
Article détaillé : Euthanasie animale.
Arguments pour et contre l'euthanasie
Réticences et oppositions
Interdit par de nombreuses religions :
l'homme ne dispose pas de sa vie : elle est un don (christianisme et islam par exemple) ;
risque de dérapage :
pressions financières sur le malade à cause du coût élevé des soins pour les proches ;
pressions financières pour les plus pauvres, qui risquent de « préférer » mourir rapidement ;
pressions morales de la part des proches ;
difficulté de changer d'avis à partir d'un certain point (inconscience) ;
interférence fréquente entre les notions de souffrance du patient et de souffrance de l'entourage ;
risque de dérive :
eugénisme, sélection des individus par rapport à une conception de la vie bonne ;
par suite, peut devenir un instrument de domination sociale ;
sans compter les héritiers qui peuvent en profiter pour accélérer un héritage ;
inutilité : Une partie des médecins estime que les progrès en matière d'anti-douleurs et de tranquillisants (soins palliatifs) rendent l'euthanasie inutile.
incapacité de décider, la décision peut être prise par quelqu'un d'autre.
Tolérances
dignité humaine :
les mourants dans les sociétés modernes sont abandonnés à l'hôpital et leurs souffrances sont peu prises en compte par les médecins ;
évite la clandestinité du geste ; de fait, le geste étant encadré, évite aussi les dérives ;
la maladie est perçue comme une dégradation inacceptable par le patient;
la maladie peut entraîner des altérations des facultés psychiques (raison et volonté en particulier) sur lesquelles reposent les valeurs morales de l'Occident ;
fin de la souffrance ; si les douleurs sont actuellement bien prises en compte et souvent calmées de manière efficace, en particulier dans les services de soins palliatifs, il persiste des souffrances importantes qui ne sont pas des douleurs:
la perte progressive du contrôle sur son propre corps, comme dans le cas de maladies neurodégénératives,
la sensation d'étouffement,
la déformation de son corps, et surtout de son visage,
la perte définitive de son autonomie.
Dans ces conditions, l'apport des soins palliatifs ne permet pas toujours d'apaiser la souffrance, et l'euthanasie reste une porte de sortie.
l'Homme est seul titulaire des droits associé à son corps, seul maître de sa vie ; c'est la simple application de la liberté individuelle. Il doit être le seul à décider de ce qu'il veut faire de son corps mais aussi de son esprit, c’est-à-dire de ce qui fait qu'il existe en tant qu'Homme.
Juridiquement, le corps humain, considéré comme une "chose sacrée", est un élément extrapatrimonial. il ne peut donc être question de propriété de celui-ci. Ceci résulte des principes d'indisponibilité du corps humain et de l'état des personnes contenus dans le Code Civil (art. 16 et s.).
liberté de choix du malade, qui sait mieux que quiconque ce qu'il désire.
Cela permettrait aussi d'éviter l'acharnement thérapeutique régi et interdit par la loi Kouchner du 4 mars 2002
dépendance très importante ou totale de l'aide d'autrui.
sentiment d'inutilité sociale.
la maladie est une épreuve difficile à surmonter donc ne pas trouver une solution à la pathologie est encore plus dure.
Très souvent, dans les pays où la pratique est possible, le simple fait que le médecin réponde à un patient qu'il accepterait, le cas échéant, de discuter d'une éventuelle euthanasie diminue les angoisses du malade.
Selon un sondage de 2000, 70% du corps médical français, se déclare favorable ou très favorable à l'exception d'euthanasie (acte voulu par le patient ou son représentant, en accord avec l'équipe de soins)[12]. Au cours d'une autre enquête, réalisée par l'INSERM, 45% des médecins généralistes français sont favorables à une légalisation de l’euthanasie comparable à celle des Pays-Bas.
Affaires ayant trait à l'euthanasie [modifier]
La justice étant soumise au secret de l'instruction et la définition de l'euthanasie étant difficile, il s'agira ici, de personnes se réclamant auteurs de cette pratique et inquiétées par la justice pour cette raison.
En 2008, en France, le cas de Chantal Sébire, âgée de 52 ans, défigurée par un esthésioneuroblastome et qui demande au président de la république, Nicolas Sarkozy, le droit de mourir dans la dignité sans avoir à se rendre dans un pays étranger acceptant l'euthanasie. Ce droit lui a été refusé.
Le 15 mars 2007 en France, le jury des assises de la Dordogne a condamné la docteur Laurence Tramois à un an de prison avec sursis, et a acquitté l'infirmière Chantal Chanel. En 2003, le médecin avait prescrit et l'infirmière avait administré une injection mortelle de potassium à Mme Druais, 65 ans, une patiente atteinte d'un cancer du pancréas en phase terminale, elles étaient depuis accusées d'empoisonnement. Les juges et les jurés n'ont donc pas suivi totalement l'avocat général Yves Squercioni qui demandait des peines de principes plus lourdes : un an de prison avec sursis contre l'infirmière et deux ans de prison avec sursis contre le médecin. La défense avait plaidé l'acquittement en demandant aux jurés de mettre fin à "l'hypocrisie" entourant selon elle ce débat de société. Le ministère public souhaitait quant à lui des peines symboliques pour que soit rappelé le principe de droit qui interdit à un médecin de donner la mort.
En 2005, le cas de Christine Malèvre, infirmière française condamnée;
En 2003, l'affaire Vincent Humbert, décédé en France; (qui a d'ailleurs accéléré en France le processus de législation sur la fin de vie et les soins palliatifs.)
L'affaire Terri Schiavo aux États-Unis, au terme de laquelle, les médecins décident de ne pas la réintuber et de la laisser mourir de déshydratation, seule alternative légale en accord avec la loi de l'État.
L'affaire Karen Ann Quinlan aux États-Unis.
En 2006, Piergiorgio Welby avait été, à sa demande, débranché du respirateur qui le faisait survivre. Le médecin a été relaxé par la justice italienne après que l'Ordre des médecins italiens eut approuvé son attitude.
Au niveau européen, la Cour Européenne des Droits de l'Homme se montre très réticente à l'égard de l'euthanasie. On peut notamment le constater dans l'affaire Diane Pretty c. Royaume-Uni du 29 avril 2002, dans laquelle la Cour a refusé de reconnaître un quelconque "droit à la mort" par le biais de l'art.2 CEDH, consacrant le droit à la vie. En effet, pour la Cour, celui-ci ne saurait être interprété sans distorsion de langage de manière négative, c'est-à-dire comme conférant un droit diamétralement opposé, à savoir un droit à mourir. Il ne saurait davantage conférer un droit à l'autodétermination en ce sens qu'il donnerait à tout individu le droit de choisir la mort plutôt que la vie. En conséquence, il n'est pas possible de déduire de l'art. 2 CEDH un droit à mourir, que ce soit de la main d'un tiers ou avec l'assistance d'une autorité publique.
Affaires Yves le Bonniec, l'un des auteurs du livre Suicide, mode d'emploi, condamné à 2 reprises pour "abstention délictueuse de porter secours à personne en danger" pour n'avoir pas porté secours à des lecteurs désespérés qui lui ont écrit avant de se suicider. Dans l'une des affaires, le délit a été constitué par la simple connaissance du projet de suicide du malheureux sans lui porter secours, la réponse au lecteur établissant qu'Yves le Bonniec connaissait l'intention suicidaire de cette personne.
Euthanasie et religion
Cet article est sujet à caution car il ne cite pas suffisamment ses sources. (date inconnue)
Pour rendre l'article vérifiable, signalez les passages sans source avec {{Référence nécessaire}} et liez les informations aux sources avec les notes de bas de page. (modifier l'article)
Religion catholique
Pour le catholicisme, dont la doctrine à ce sujet a été explicitée par la lettre encyclique Evangelium vitae (L'Évangile de la vie) du pape Jean-Paul II en 1995, l'euthanasie est en opposition directe avec le 5e commandement : « Tu ne tueras point » (Exode XX/13). En conséquence, toute forme d'euthanasie est prohibée.
« (...)l’euthanasie est donc un crime qu’aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer. Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s’y opposer par l’objection de conscience ». Evangelium vitae, n°73
Le Vatican a réaffirmé en septembre 2007 que l'alimentation des patients dans un "état végétatif" était "obligatoire", à propos du cas de Terri Schiavo, une Américaine dans le coma pendant 15 ans et décédée en 2005 après que son alimentation eut été interrompue[13]
Islam [modifier]
Cet article est sujet à caution car il ne cite pas suffisamment ses sources. (juin 2008)
Pour rendre l'article vérifiable, signalez les passages sans source avec {{Référence nécessaire}} et liez les informations aux sources avec les notes de bas de page. (modifier l'article)
Dans la religion islamique, l’homme représente l’œuvre divine la plus importante et la plus complexe. Il est la créature qui porte l’empreinte divine et qui représente son pouvoir sur la terre.
L’euthanasie active est interdite juridiquement (shar’an), car elle correspond à un meurtre commis par le médecin, même lorsqu’il agit à la demande du patient, en ayant l’intention d’abréger sa souffrance. Le médecin ne peut pas être plus miséricordieux envers le patient que Dieu qui lui a donné la vie et qui la lui reprend dans les conditions qu’il veut. La seule chose permise est de laisser le patient mourir naturellement.
L’euthanasie passive ne peut pas être interdite, dans ces cas précis, du fait que la majorité des juristes musulmans n’impose pas les soins médicaux même dans des cas où l’on espère la guérison. Ils ont considéré que se soigner fait partie du permis (mubâh), et nullement de l’obligatoire.
Bouddhisme [modifier]
Pour le bouddhisme, la mort n'est pas la fin du continuum de l'esprit d'une personne, et en conséquence, le suicide est déconseillé. D'une manière générale, le bouddhisme considère la suppression de la vie comme un acte négatif. Par contre, du point de vue du médecin, l'euthanasie peut être un acte de compassion, et son analyse devient délicate et complexe; la condamnation d'une euthanasie n'est pas automatique.[14],[15]
De grands maîtres du bouddhisme tibétain comme Kalou Rinpoché ou Dilgo Khyentse Rinpoché ne sont pas défavorables à l’euthanasie passive. Par contre, le 14e Dalaï Lama met en garde contre l’euthanasie active, expliquant qu’en essayant d’échapper aux souffrances de cette vie, nous pourrions être confronté à ces mêmes souffrances dans une vie future dans des conditions plus difficiles.[16]
Le bouddhisme theravada a une position semblable : selon le code monastique (Vinaya), l'euthanasie active ou le suicide assisté sont des fautes graves, alors que l'euthanasie passive est une faute légère
l`euthanasie
Le mot euthanasie signifie bonne mort, mort douce et sans souffrance et non comme le traduit l'acception moderne :
"geste ou omission du geste qui provoque délibérément la mort du malade qui souffre de façon insupportable ou vit une dégradation insoutenable".
Cette définition, aujourd'hui communément admise, appelle la distinction entre euthanasie active et euthanasie passive.
L'euthanasie active, suppose le geste d'un tiers qui administre à un mourant une substance létale ou la lui fournit ou encore le tue par tous moyens.
L'euthanasie passive est plutôt définie comme l'arrêt des traitements de réanimation, ou celui du traitement de la maladie fatale, à partir du moment où l'on est convaincu que le cas est désespéré.
Au regard du droit actuel et en l'absence de loi spécifique, l'euthanasie peut être qualifiée meurtre ou omission de porter secours à personne en péril.
1 Euthanasie et meurtre
Le Nouveau Code Pénal, comme l'ancien, n'a pas retenu de qualification particulière concernant l'euthanasie. Elle reste assimilée à un meurtre voire un assassinat (meurtre avec préméditation). Le meurtre est un homicide commis volontairement. Il est constitué lorsque sont réunis un élément matériel et un élément intentionnel.
1.1 L'élément matériel
C'est le fait de tuer un homme vivant.
L'acte commis par le meurtrier doit être de nature à causer la mort et il doit exister un lien de causalité entre l'acte et le décès.
L'acte peut être unique ou résulter de moyens successifs et multiples employés dans un temps plus ou moins long.
Il peut être le fait de plusieurs personnes qui seront chacune poursuivies comme si leur intervention personnelle, même partielle avait suffit à tuer. La tentative est punie comme le crime.
1.2 L'élément intentionnel
En matière pénale, l'infraction de meurtre n'est réalisée que si l'auteur a eu l'intention de donner la mort.
Le mobile n'importe pas, bien qu'en matière d'euthanasie il soit souvent "d'abréger les souffrances". De même, le consentement de la victime est-il sans effet - Ici comme ailleurs, le droit pénal ne justifie pas la commission de l'infraction par le consentement de la victime.
Le médecin qui, à la demande d'un mourant, lui procure le moyen de sa mort, commet un meurtre.
2 Euthanasie et omission de porter secours
Tout citoyen est tenu de porter secours à personne en péril. Le médecin plus que tout autre en raison de ses devoirs moraux et professionnels.
Encore faut-il que le délit de non assistance soit constitué. Pour qu'il le soit, trois conditions sont nécessaires :
- Le péril
Il s'agit d'un danger grave, imminent, constant. La mort peut être considérée comme un péril, même au terme d'une maladie et bien qu'elle constitue un processus inéluctable.
- Le secours
Si le médecin ne peut le porter lui même, il doit, ayant eu connaissance du péril, l'organiser.
- L'abstention volontaire
L'abstention est dite volontaire lorsqu'elle a été voulue en pleine connaissance de cause.
Ainsi, lorsqu'un médecin averti d'un danger tel que la mort imminente d'un malade, s'abstient volontairement de lui administrer ou faire administrer les soins nécessaires, il commet l'infraction de non assistance à personne en péril.
Qu'en est-il lorsque le même praticien placé devant un malade dont le pronostic vital est à ce point réduit que la mort peut survenir à tout moment, décide de cesser traitement ou réanimation ?
Les cas de figure sont divers :
- il peut s'agir d'un malade en état de mort cérébrale. En l'état actuel de la législation, c'est un cadavre. L'infraction n'est pas constituée.
- il peut s'agir d'un malade qui, informé de son état et de l'issue qui en résulte, a souhaité qu'en telle circonstance, les médecins cessent de lui apporter des thérapeutiques éprouvantes et à court terme, sans objet.
La loi pénale, encore une fois, n'exonère pas le médecin de sa responsabilité au motif du consentement du malade mais... En fait les décisions des Tribunaux sont à ce sujet divergentes.
Si les Cours d'Assises ne condamnent pas les médecins, les tribunaux correctionnels continuent à se montrer plus vigilants. Le débat subsiste et de nombreuses autorités se prononcent régulièrement sur ce sujet, sans toutefois dépasser les recommandations.
Des projets de loi ont été à plusieurs reprises élaborés mais le législateur n'a jusqu'à ce jour jamais pris la décision de dépénaliser l'euthanasie.
Le Comité Consultatif National d'Ethique dans un avis du 24 juin 1991 a rappelé qu'une législation en la matière, même pour des cas exceptionnels serait source d'interprétations abusives et incontrôlables.
Les médecins restent donc sanctionnables tant sur les plans pénal que civil et disciplinaire.
A ce sujet et en forme de conclusion, le Nouveau Code de Déontologie (6 septembre 1995) semble apporter un éclairage, qui pour n'être que de portée professionnelle tend à concilier morale et droit.
Art. 37 "En toutes circonstances, le médecin doit s'efforcer de soulager les souffrances de son malade, l'assister moralement et éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou la thérapeutique".
Art. 38 "Le médecin doit accompagner le mourant jusqu'à ses derniers instants, assurer des soins et mesures appropriées à la qualité d'une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage. Il n'a pas le droit de provoquer délibérément la mort".
Les deux articles, rédigés avec circonspection balayent pratiquement tous les cas de figure en :
- prohibant l'euthanasie active,
- n'invitant pas à l'acharnement thérapeutique et,
- insistant sur les soins palliatifs qui consistent en soins actifs dans une approche globale de la personne en phase évoluée ou terminale d'une maladie potentiellement mortelle.
Cette définition de la Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs (1992) ajoute : les soins palliatifs s'attachent à prendre en compte et à soulager les douleurs physiques ainsi que la souffrance psychologique, morale et spirituelle.
p
"geste ou omission du geste qui provoque délibérément la mort du malade qui souffre de façon insupportable ou vit une dégradation insoutenable".
Cette définition, aujourd'hui communément admise, appelle la distinction entre euthanasie active et euthanasie passive.
L'euthanasie active, suppose le geste d'un tiers qui administre à un mourant une substance létale ou la lui fournit ou encore le tue par tous moyens.
L'euthanasie passive est plutôt définie comme l'arrêt des traitements de réanimation, ou celui du traitement de la maladie fatale, à partir du moment où l'on est convaincu que le cas est désespéré.
Au regard du droit actuel et en l'absence de loi spécifique, l'euthanasie peut être qualifiée meurtre ou omission de porter secours à personne en péril.
1 Euthanasie et meurtre
Le Nouveau Code Pénal, comme l'ancien, n'a pas retenu de qualification particulière concernant l'euthanasie. Elle reste assimilée à un meurtre voire un assassinat (meurtre avec préméditation). Le meurtre est un homicide commis volontairement. Il est constitué lorsque sont réunis un élément matériel et un élément intentionnel.
1.1 L'élément matériel
C'est le fait de tuer un homme vivant.
L'acte commis par le meurtrier doit être de nature à causer la mort et il doit exister un lien de causalité entre l'acte et le décès.
L'acte peut être unique ou résulter de moyens successifs et multiples employés dans un temps plus ou moins long.
Il peut être le fait de plusieurs personnes qui seront chacune poursuivies comme si leur intervention personnelle, même partielle avait suffit à tuer. La tentative est punie comme le crime.
1.2 L'élément intentionnel
En matière pénale, l'infraction de meurtre n'est réalisée que si l'auteur a eu l'intention de donner la mort.
Le mobile n'importe pas, bien qu'en matière d'euthanasie il soit souvent "d'abréger les souffrances". De même, le consentement de la victime est-il sans effet - Ici comme ailleurs, le droit pénal ne justifie pas la commission de l'infraction par le consentement de la victime.
Le médecin qui, à la demande d'un mourant, lui procure le moyen de sa mort, commet un meurtre.
2 Euthanasie et omission de porter secours
Tout citoyen est tenu de porter secours à personne en péril. Le médecin plus que tout autre en raison de ses devoirs moraux et professionnels.
Encore faut-il que le délit de non assistance soit constitué. Pour qu'il le soit, trois conditions sont nécessaires :
- Le péril
Il s'agit d'un danger grave, imminent, constant. La mort peut être considérée comme un péril, même au terme d'une maladie et bien qu'elle constitue un processus inéluctable.
- Le secours
Si le médecin ne peut le porter lui même, il doit, ayant eu connaissance du péril, l'organiser.
- L'abstention volontaire
L'abstention est dite volontaire lorsqu'elle a été voulue en pleine connaissance de cause.
Ainsi, lorsqu'un médecin averti d'un danger tel que la mort imminente d'un malade, s'abstient volontairement de lui administrer ou faire administrer les soins nécessaires, il commet l'infraction de non assistance à personne en péril.
Qu'en est-il lorsque le même praticien placé devant un malade dont le pronostic vital est à ce point réduit que la mort peut survenir à tout moment, décide de cesser traitement ou réanimation ?
Les cas de figure sont divers :
- il peut s'agir d'un malade en état de mort cérébrale. En l'état actuel de la législation, c'est un cadavre. L'infraction n'est pas constituée.
- il peut s'agir d'un malade qui, informé de son état et de l'issue qui en résulte, a souhaité qu'en telle circonstance, les médecins cessent de lui apporter des thérapeutiques éprouvantes et à court terme, sans objet.
La loi pénale, encore une fois, n'exonère pas le médecin de sa responsabilité au motif du consentement du malade mais... En fait les décisions des Tribunaux sont à ce sujet divergentes.
Si les Cours d'Assises ne condamnent pas les médecins, les tribunaux correctionnels continuent à se montrer plus vigilants. Le débat subsiste et de nombreuses autorités se prononcent régulièrement sur ce sujet, sans toutefois dépasser les recommandations.
Des projets de loi ont été à plusieurs reprises élaborés mais le législateur n'a jusqu'à ce jour jamais pris la décision de dépénaliser l'euthanasie.
Le Comité Consultatif National d'Ethique dans un avis du 24 juin 1991 a rappelé qu'une législation en la matière, même pour des cas exceptionnels serait source d'interprétations abusives et incontrôlables.
Les médecins restent donc sanctionnables tant sur les plans pénal que civil et disciplinaire.
A ce sujet et en forme de conclusion, le Nouveau Code de Déontologie (6 septembre 1995) semble apporter un éclairage, qui pour n'être que de portée professionnelle tend à concilier morale et droit.
Art. 37 "En toutes circonstances, le médecin doit s'efforcer de soulager les souffrances de son malade, l'assister moralement et éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou la thérapeutique".
Art. 38 "Le médecin doit accompagner le mourant jusqu'à ses derniers instants, assurer des soins et mesures appropriées à la qualité d'une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage. Il n'a pas le droit de provoquer délibérément la mort".
Les deux articles, rédigés avec circonspection balayent pratiquement tous les cas de figure en :
- prohibant l'euthanasie active,
- n'invitant pas à l'acharnement thérapeutique et,
- insistant sur les soins palliatifs qui consistent en soins actifs dans une approche globale de la personne en phase évoluée ou terminale d'une maladie potentiellement mortelle.
Cette définition de la Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs (1992) ajoute : les soins palliatifs s'attachent à prendre en compte et à soulager les douleurs physiques ainsi que la souffrance psychologique, morale et spirituelle.
p
L`Éthique
QU'EST-CE QUE L'ÉTHIQUE ?
Dans notre société nous parlons de plus en plus de "l'Éthique", mais connaissons-nous vraiment la signification de ce mot ?
L'éthique est une discipline qui cherche à évaluer les conduites humaines par rapport à un système de valeurs, ou des exigences de respect, de promotion de l'humanité.
L'éthique est une recherche de sens : Quel sens cette décision, cet acte a pour ma vie ?
L'éthique a une dimension subjective, elle traite du "bon" ou du "mauvais" considérés comme valeurs relatives. Elle est fonction des situations, des personnes, des habitudes. Elle est centrée sur le sujet.
L'éthique traite de situations singulières, concrètes, portées par une histoire et sa signification à un moment donné, dans un contexte spécifique. C'est pourquoi en éthique, il n'y a jamais de réponse pré-établies ; à chaque situation sa réponse propre : "qu'est-ce qui est le mieux pour cette personne en ce moment"
Mais au nom de quoi va-t-on décider si tel acte est bon ou mauvais ?
Les communautés Mondiale, Européenne, Française, se sont donnés des repères qui sont: des Déclarations, des Conventions, des Lois, des Chartes, des Codes de Déontologie.
De même les grandes religions du monde donnent des repères :
L'Éthique a pour centre de préoccupation : l'HOMME.
Elle cherche en permanence ce qui est le meilleur pour la personne
QU'EST-CE QUE LA MORALE ?
C'est tout ce qui, dans l'ordre du bien et du mal, se rapporte à des lois, des normes, des impératifs.
La morale fait référence à des valeurs communes parfois universelles, elle se transmet par des principes, des règles, des normes
Dans notre société nous parlons de plus en plus de "l'Éthique", mais connaissons-nous vraiment la signification de ce mot ?
L'éthique est une discipline qui cherche à évaluer les conduites humaines par rapport à un système de valeurs, ou des exigences de respect, de promotion de l'humanité.
L'éthique est une recherche de sens : Quel sens cette décision, cet acte a pour ma vie ?
L'éthique a une dimension subjective, elle traite du "bon" ou du "mauvais" considérés comme valeurs relatives. Elle est fonction des situations, des personnes, des habitudes. Elle est centrée sur le sujet.
L'éthique traite de situations singulières, concrètes, portées par une histoire et sa signification à un moment donné, dans un contexte spécifique. C'est pourquoi en éthique, il n'y a jamais de réponse pré-établies ; à chaque situation sa réponse propre : "qu'est-ce qui est le mieux pour cette personne en ce moment"
Mais au nom de quoi va-t-on décider si tel acte est bon ou mauvais ?
Les communautés Mondiale, Européenne, Française, se sont donnés des repères qui sont: des Déclarations, des Conventions, des Lois, des Chartes, des Codes de Déontologie.
De même les grandes religions du monde donnent des repères :
L'Éthique a pour centre de préoccupation : l'HOMME.
Elle cherche en permanence ce qui est le meilleur pour la personne
QU'EST-CE QUE LA MORALE ?
C'est tout ce qui, dans l'ordre du bien et du mal, se rapporte à des lois, des normes, des impératifs.
La morale fait référence à des valeurs communes parfois universelles, elle se transmet par des principes, des règles, des normes
mercredi 28 janvier 2009
Différenciation de l´éthique avec d'autres disciplines
Les rapports entre morale et éthique sont délicats, car la distinction entre ces deux termes eux-mêmes est différente selon les penseurs. Dans un sens « ordinaire », le terme éthique est synonyme de morale, et désigne une pratique ayant pour objectif de déterminer une manière de vivre conforme aux fins de la vie humaine (recherche du bonheur ou de la vertu).
Une distinction courante consiste à entendre par « morale » l'ensemble des normes propres à un groupe social ou à un peuple à un moment précis de son histoire et à appeler éthique la recherche du bien par une conscience. Aujourd'hui, on emploie le terme « éthique » généralement pour qualifier des réflexions théoriques portant sur la valeur des pratiques et sur les conditions de ces pratiques ; l'éthique est ainsi une réflexion critique sur la moralité des actions. On parle par exemple de « comité d'éthique » au sein d'institutions scientifiques ou d'hôpitaux. L'éthique aurait donc ses fondements dans une décision dite rationnelle prise à partir d'un libre dialogue entre des consciences (riches de traditions et de codes idéologiques assimilés).
Une autre distinction est proposée par certains philosophes contemporains (Deleuze, Ricoeur, Comte Sponville, Giuliani, Misrahi...) pour définir la morale comme ensemble de devoirs (impératifs catégoriques qui commandent de faire un Bien posé comme valeur absolue, par ex "tu ne tueras pas") et l'éthique comme réalisation raisonnable des désirs (tendance naturelle à chercher le bon comme valeur relative à chaque sujet en recherche de son bonheur, qui peut par exemple légitimer certains actes généralement considérés "immoraux" comme l'euthanasie.)
La morale est ainsi généralement rattachée à une tradition idéaliste (de type kantienne) qui distingue entre ce qui est et ce qui doit être. Alors que l'éthique est liée à une tradition matérialiste (de type spinoziste) qui cherche seulement à améliorer la réalité par une attitude "raisonnable" de recherche du bonheur de tous.
Aussi, le droit se distingue de la morale et de l'éthique dans le sens où il ne se prononce pas sur la valeur des actes, bien/mal, bon ou mauvais, et ne définit que ce qui est permis et défendu par le pouvoir dans une société donnée.
La déontologie est pour sa part l'ensemble des obligations qu'une profession s'engage à respecter pour garantir une pratique conforme à l'éthique.
Les rapports entre morale et éthique sont délicats, car la distinction entre ces deux termes eux-mêmes est différente selon les penseurs. Dans un sens « ordinaire », le terme éthique est synonyme de morale, et désigne une pratique ayant pour objectif de déterminer une manière de vivre conforme aux fins de la vie humaine (recherche du bonheur ou de la vertu).
Une distinction courante consiste à entendre par « morale » l'ensemble des normes propres à un groupe social ou à un peuple à un moment précis de son histoire et à appeler éthique la recherche du bien par une conscience. Aujourd'hui, on emploie le terme « éthique » généralement pour qualifier des réflexions théoriques portant sur la valeur des pratiques et sur les conditions de ces pratiques ; l'éthique est ainsi une réflexion critique sur la moralité des actions. On parle par exemple de « comité d'éthique » au sein d'institutions scientifiques ou d'hôpitaux. L'éthique aurait donc ses fondements dans une décision dite rationnelle prise à partir d'un libre dialogue entre des consciences (riches de traditions et de codes idéologiques assimilés).
Une autre distinction est proposée par certains philosophes contemporains (Deleuze, Ricoeur, Comte Sponville, Giuliani, Misrahi...) pour définir la morale comme ensemble de devoirs (impératifs catégoriques qui commandent de faire un Bien posé comme valeur absolue, par ex "tu ne tueras pas") et l'éthique comme réalisation raisonnable des désirs (tendance naturelle à chercher le bon comme valeur relative à chaque sujet en recherche de son bonheur, qui peut par exemple légitimer certains actes généralement considérés "immoraux" comme l'euthanasie.)
La morale est ainsi généralement rattachée à une tradition idéaliste (de type kantienne) qui distingue entre ce qui est et ce qui doit être. Alors que l'éthique est liée à une tradition matérialiste (de type spinoziste) qui cherche seulement à améliorer la réalité par une attitude "raisonnable" de recherche du bonheur de tous.
Aussi, le droit se distingue de la morale et de l'éthique dans le sens où il ne se prononce pas sur la valeur des actes, bien/mal, bon ou mauvais, et ne définit que ce qui est permis et défendu par le pouvoir dans une société donnée.
La déontologie est pour sa part l'ensemble des obligations qu'une profession s'engage à respecter pour garantir une pratique conforme à l'éthique.
mardi 27 janvier 2009
L’actualité de l’éthique biomédicale : l’euthanasie
Un grand débat de société vient de se rouvrir à la suite d’un rapport récent (3 mars 2000) du Comité consultatif national d’Ethique portant sur "Fin de vie, arrêt de vie, euthanasie". L’euthanasie, c’est l’acte de provoquer volontairement la mort d’un patient même à sa demande. Tout un courant en demande la dépénalisation. Chacun aura alors le "droit" de mettre fin à la vie d’un proche avec ou sans sa demande. D’autre souhaitent que le "suicide assisté" soit également reconnu : le médecin devrait alors répondre à la demande du patient en mettant fin à sa vie.
Le Comité National d’Ethique n’a pas cru possible d’ignorer la revendication de certains groupes de dépénaliser l’euthanasie malgré la loi, en refusant cette perspective. Plusieurs propositions de loi en ce sens ont été refusées par la commission des lois : une société ne peut tolérer que n’importe qui puisse impunément mettre fin à la vie d’un autre, fût-ce un proche. La législation comme la déontologie médicale convergent : personne n’a le droit de mettre fin à la vie d’un être humain.
Cependant le Comité national d’éthique reconnaît que, lorsque dans des situations limites un médecin a cru devoir transgresser ces interdits fondamentaux et qu’il soit l’objet d’une poursuite judiciaire, il puisse bénéficier de "l’exception reconnue " par le code de procédure pénale : à savoir que le médecin puisse ne justifier avant le procès. Il a voulu ainsi tenir compte des situations où les progrès mêmes de la médecine arrivent à rendre nécessaire de faciliter la mort d’un patient.
Sa proposition est finalement :
de ne pas toucher à la loi,
d’envisager qu’une euthanasie - ou arrêt de vie - ayant été pratiquée par un médecin, une expertise légale puisse être réalisée pour vérifier si les conditions thérapeutiques et morales nécessaires ont été remplies; il s’agirait alors d’une "exception d’euthanasie", mais pas une autorisation.
Voilà les termes du rapport :
La procédure pénale pourrait offrir des solutions. L’acte d’euthanasie devrait continuer à être soumis à l’autorité judiciaire, mais un examen particulier devrait lui être réservé q’il était présenté comme tel par son auteur. Une sorte "d’exception d’euthanasie" pourrait être prévue par la loi. Une position fondée sur l’engagement et sur la solidarité est en mesure de lever le voile d’hypocrisie et de clandestinité qui recouvre certaines pratiques actuelles.
La mort donnée reste, quelles que soient les circonstances et les justifications, une transgression. Mais l’arrêt de la réanimation et l’arrêt de vie conduisent parfois à assumer le paradoxe d’une transgression de ce sui doit être considérée comme intransgressable.
Ainsi "l’exception" ne porte pas sur l’acte de mettre fin à une vie, mais sur la procédure "d’examen particulier " de cette décision. Ainsi pourraient être découvertes et sanctionnées des euthanasies injustifiées.
Car en réanimation néonatale ou adulte, le " débranchement", c’est-à-dire l’arrêt des soins curatifs, peut devenir nécessaire et conduire à la mort; voire à la provoquer. D’autre part, en cas de découverte pendant la grossesse d’une anomalie sévère et incurable sur un foetus, provoquer sa mort peut être proposé en toute légalité dans certaines conditions; enfin dans certains services hospitaliers où à domicile, des situations de douleur extrême et insurmontable, qui apparaissent aujourd’hui rarement, suscitent une demande de la mort du patient, consciente et réitérée.
La préoccupation de Comité est donc de "lever le voile d’hypocrisie et de clandestinité" sur l’euthanasie et pas autre chose. Or les réactions à cette proposition ont été tellement violentes dans les deux sens que le président s’est vu obligé de faire dans le journal "Le Monde" une mise au point intitulée "Euthanasie : oser dire ". On y lit notamment "Malgré la prudence des propos de ce texte, certains considèrent l’avis comme une victoire, d’autres comme une défaite. Où est la victoire ? Quelle est la défaite ? " Les partisans de la dépénalisation ont cru " triompher" : il n’en est rien. D’autre ont cru voir dans cette proposition une approbation de l’euthanasie : elle est au contraire rendue contrôlable. D’autres encore on cru y voir un désaveu des soins palliatifs, dont "l’exception d’euthanasie" deviendrait une alternative : il n’en est rien non plus.
Mais toucher à un interdit aussi grave et profond ébranle : "Un avis éthique, dit le Comité, naît moins d’une certitude péremptoire que de la tension et de refus de clore de faç;on définitive des questions dont le caractère récurrent et lancinant exprime un aspect fondamental de la condition humaine", et plus loin "Entendre une parole qui demande la transgression est peut-être la seule manière pour notre société de répondre à la dernière angoisse existentielle". Entendre cette parole, c’est renoncer à la sécurité de refus sans nuances.
Le président de l’épiscopat français a choisi cette perspective : "Une exception juridiquement reconnue risquerait de conduire à l’oubli de l’interdit du meurtre." Même attitude chez le théologien catholique Patrick Vespieren, directeur du Département d’Ethique du Centre Sèvres. Le Centre catholique des médecins français est plus nuancé : "Comme le Comité national d’Ethique , les membres du Centre catholique des médecins français estiment que cet acte (l’euthanasie) est toujours une transgression… certains médecins de notre mouvement sont formellement hostiles à l’euthanasie, d’autres, compte tenu de leur type d’activité professionnelle peuvent être conduits à considérer que le geste euthanasique est le moindre mal dans les situations exceptionnelles qu’ils peuvent rencontrer dans leur pratique ". le théologien protestant Olivier Abel estime que le Comité Ethique a eu raison, sinon de proposer une solution, du moins de poser publiquement la question."
Ainsi le débat est clarifié. Il n’y a pas que les pour et les contre, il y a des situations extrêmement différentes et douloureuses auxquelles les médecins ont à faire face; les notions de "transgression", de "moindre mal" ont été évoquées. C’est le rôle de la loi qui est en cause : absolument nécessaire, parfois évolutive (comme les lois bioéthiques de 1994 qui vont être révisées) mais qui dans certaines situations extrêmes peut être transgressée. Finalement, quelle que soit la nécessité et l’importance de la loi, c’est toujours la conscience qui est l’instance ultime de décision. Bonne conscience de ce qui s’appuie essentiellement sur la loi, conscience douloureuse mais pas nécessairement mauvaise, du médecin qui ne peut éviter de prendre cette décision en responsabilité, à certaines conditions.
http://www.portstnicolas.org/La-plage/l-ethique-en-question/l-actualite-de-l-ethique.html
publiqué par Sara Lemos 11º C nr 17
Le Comité National d’Ethique n’a pas cru possible d’ignorer la revendication de certains groupes de dépénaliser l’euthanasie malgré la loi, en refusant cette perspective. Plusieurs propositions de loi en ce sens ont été refusées par la commission des lois : une société ne peut tolérer que n’importe qui puisse impunément mettre fin à la vie d’un autre, fût-ce un proche. La législation comme la déontologie médicale convergent : personne n’a le droit de mettre fin à la vie d’un être humain.
Cependant le Comité national d’éthique reconnaît que, lorsque dans des situations limites un médecin a cru devoir transgresser ces interdits fondamentaux et qu’il soit l’objet d’une poursuite judiciaire, il puisse bénéficier de "l’exception reconnue " par le code de procédure pénale : à savoir que le médecin puisse ne justifier avant le procès. Il a voulu ainsi tenir compte des situations où les progrès mêmes de la médecine arrivent à rendre nécessaire de faciliter la mort d’un patient.
Sa proposition est finalement :
de ne pas toucher à la loi,
d’envisager qu’une euthanasie - ou arrêt de vie - ayant été pratiquée par un médecin, une expertise légale puisse être réalisée pour vérifier si les conditions thérapeutiques et morales nécessaires ont été remplies; il s’agirait alors d’une "exception d’euthanasie", mais pas une autorisation.
Voilà les termes du rapport :
La procédure pénale pourrait offrir des solutions. L’acte d’euthanasie devrait continuer à être soumis à l’autorité judiciaire, mais un examen particulier devrait lui être réservé q’il était présenté comme tel par son auteur. Une sorte "d’exception d’euthanasie" pourrait être prévue par la loi. Une position fondée sur l’engagement et sur la solidarité est en mesure de lever le voile d’hypocrisie et de clandestinité qui recouvre certaines pratiques actuelles.
La mort donnée reste, quelles que soient les circonstances et les justifications, une transgression. Mais l’arrêt de la réanimation et l’arrêt de vie conduisent parfois à assumer le paradoxe d’une transgression de ce sui doit être considérée comme intransgressable.
Ainsi "l’exception" ne porte pas sur l’acte de mettre fin à une vie, mais sur la procédure "d’examen particulier " de cette décision. Ainsi pourraient être découvertes et sanctionnées des euthanasies injustifiées.
Car en réanimation néonatale ou adulte, le " débranchement", c’est-à-dire l’arrêt des soins curatifs, peut devenir nécessaire et conduire à la mort; voire à la provoquer. D’autre part, en cas de découverte pendant la grossesse d’une anomalie sévère et incurable sur un foetus, provoquer sa mort peut être proposé en toute légalité dans certaines conditions; enfin dans certains services hospitaliers où à domicile, des situations de douleur extrême et insurmontable, qui apparaissent aujourd’hui rarement, suscitent une demande de la mort du patient, consciente et réitérée.
La préoccupation de Comité est donc de "lever le voile d’hypocrisie et de clandestinité" sur l’euthanasie et pas autre chose. Or les réactions à cette proposition ont été tellement violentes dans les deux sens que le président s’est vu obligé de faire dans le journal "Le Monde" une mise au point intitulée "Euthanasie : oser dire ". On y lit notamment "Malgré la prudence des propos de ce texte, certains considèrent l’avis comme une victoire, d’autres comme une défaite. Où est la victoire ? Quelle est la défaite ? " Les partisans de la dépénalisation ont cru " triompher" : il n’en est rien. D’autre ont cru voir dans cette proposition une approbation de l’euthanasie : elle est au contraire rendue contrôlable. D’autres encore on cru y voir un désaveu des soins palliatifs, dont "l’exception d’euthanasie" deviendrait une alternative : il n’en est rien non plus.
Mais toucher à un interdit aussi grave et profond ébranle : "Un avis éthique, dit le Comité, naît moins d’une certitude péremptoire que de la tension et de refus de clore de faç;on définitive des questions dont le caractère récurrent et lancinant exprime un aspect fondamental de la condition humaine", et plus loin "Entendre une parole qui demande la transgression est peut-être la seule manière pour notre société de répondre à la dernière angoisse existentielle". Entendre cette parole, c’est renoncer à la sécurité de refus sans nuances.
Le président de l’épiscopat français a choisi cette perspective : "Une exception juridiquement reconnue risquerait de conduire à l’oubli de l’interdit du meurtre." Même attitude chez le théologien catholique Patrick Vespieren, directeur du Département d’Ethique du Centre Sèvres. Le Centre catholique des médecins français est plus nuancé : "Comme le Comité national d’Ethique , les membres du Centre catholique des médecins français estiment que cet acte (l’euthanasie) est toujours une transgression… certains médecins de notre mouvement sont formellement hostiles à l’euthanasie, d’autres, compte tenu de leur type d’activité professionnelle peuvent être conduits à considérer que le geste euthanasique est le moindre mal dans les situations exceptionnelles qu’ils peuvent rencontrer dans leur pratique ". le théologien protestant Olivier Abel estime que le Comité Ethique a eu raison, sinon de proposer une solution, du moins de poser publiquement la question."
Ainsi le débat est clarifié. Il n’y a pas que les pour et les contre, il y a des situations extrêmement différentes et douloureuses auxquelles les médecins ont à faire face; les notions de "transgression", de "moindre mal" ont été évoquées. C’est le rôle de la loi qui est en cause : absolument nécessaire, parfois évolutive (comme les lois bioéthiques de 1994 qui vont être révisées) mais qui dans certaines situations extrêmes peut être transgressée. Finalement, quelle que soit la nécessité et l’importance de la loi, c’est toujours la conscience qui est l’instance ultime de décision. Bonne conscience de ce qui s’appuie essentiellement sur la loi, conscience douloureuse mais pas nécessairement mauvaise, du médecin qui ne peut éviter de prendre cette décision en responsabilité, à certaines conditions.
http://www.portstnicolas.org/La-plage/l-ethique-en-question/l-actualite-de-l-ethique.html
publiqué par Sara Lemos 11º C nr 17
lundi 26 janvier 2009
L'ethique
LES DEFINITIONS DE L'ETHIQUE
A. le sens ancien
1). Etymologique. La recherche étymologique n'apporte rien, comme dans tous les cas où la dérivation est importante (ex. la Mode, la publicité, la relaxation...). Le mot Ethique vient d'un terme grec Ethiqué, qui signifiait "les moeurs". Le même passage du fait au droit s'est opéré dans le mot "morale" qui peut signifier "les moeurs" dans l'expression "la morale des Gaulois" ou un système d'exhortation à se conformer à des règles relatives au Bien et tenues comme universellement et inconditionnellement valables.
2). Au sens classique, c'est la science de la morale. Les philosophes et les penseurs ont étudié les diverses morales (juive, chrétiennes, islamique...), ou systèmes d'interdits et de commandements relatifs aux jugements de valeur selon le bien et le mal, pour en comprendre l'origine, la nature, les fondements, les principes, la logique, etc. Bref, ils en ont fait une nouvelle "science", l'étude philosophique des morales : l'Ethique. (ex. Spinoza Ethica, Wolff Ethica...)
B. le sens moderne
1. Les CONFUSIONS à éviter. L'éthique ne doit pas être confondue avec :
a) le droit, le légal ou le juridique. La loi est le produit du pouvoir d'un état souverain, qui rend obligatoire un comportement sous menace de sanctions. (si l'état est démocratique, c'est l'expression de la volonté de la majorité des citoyens). Toute loi cherche à être morale et juste, mais ne l'est jamais totalement, puisqu'elle doit être affinée par des juges créant la jurisprudence dans ses applications non-prévues et constamment transformée pour tenir compte de l'évolution du monde, des techniques et des moeurs. Le légalisme qui dit que "tout ce qui n'est pas défendu est permis", nie la morale et l'éthique.
b) la déontologie. Le code de déontologie est un ensemble de régles de pratique professionnelle, qui sont proposées par des représentants de la profession et peuvent être imposées lorsque l'état a délégué une partie de ses pouvoirs à "un ordre professionnel", comme l'Ordre des Médecins. Mais la déontologie est au service d'une corporation, alors que l'éthique est au service du bien général et peut amener à remettre en cause son intérêt et celui de sa corporation.
c) la préoccupation économique. La demande nouvellement faite au médecin de se comporter aussi en gestionnaire économique crée une opposition de plus entre le juste et le rentable.
d) la conscience professionnelle est la pratique volontaire de la morale dans l'exercice de son métier.
e) la morale : pour certains "l'éthique" est le mot moderne pour "la morale", c'est la même chose. C'est la science des Valeurs universelles qui transcendent le temps, les populations et les idéologies. Les recommandations du Comité national d'Ethique deviennent "la morale officielle".
"Le Droit décide, la morale commande, l'éthique recommande"
2. Au sens moderne actuel, l'éthique se différencie de la morale par :
a). le libre choix individuel conforme à sa conception du bien et du mal, sans obéissance à une morale (Tables de la Loi ou listes publiques de commandements, de tabous et d'interdits). Il s'agit d'une prise de décision individuelle, spontanée et libre (cela correspond au sens de Bergson dans Les deux sources de la morale et de la religion où il oppose les anciennes morales closes de l'obligation à l'exigence spontanée, intérieure, libre et ouverte de la générosité, du héros, de l'appel). L'éthique au sens moderne échappe au discrédit des morales. Bien des gens, et surtout des jeunes, ne veulent plus entendre parler de morale ou liste de devoirs imposés du haut et plus particulièrement de morale chrétienne (obsessionnelle sur la sexualité, inadaptée et oublieuse des injustices sociales, de classe ou de peuples), mais ils conforment toujours leur conduite au bien moral. "La vraie morale se moque de la morale" écrivait Pascal. L'éthique, ou la vraie morale, est cette exigence morale intérieure qui critique les morales traditionnelles et les moeurs actuelles. Rien ne prouve plus la présence et la force du sens éthique personnel que cette insatisfaction des pratiques conventionnelles dépassées.
b). le coté scientifique : l'éthique a un contenu plus scientifique que la morale. Elle n'est plus fondée sur une Révélation (comme en religion) ou la seule Raison (comme en philosophie), mais s'aide de toutes les études des sciences humaines (sociologie, psychologie, anthropologie, épistémologie, droit...).
c) le domaine limité. Actuellement l'éthique désigne une morale sectorielle spécialisée à un domaine. La première éthique à se constituer paraît être l'éthique écologique (exigence des jeunes et des "verts" de respecter la nature"). Puis sont apparues l'éthique bio-médicale, l'éthique dans la guerre, l'éthique des entreprises, éthique de la Bourse...). L'éthique bio-médicale a commencé avec l'analyse critique des conflits et des cas de conscience. Ceci a provoqué une certains nombre de déclarations et de codes éthiques (Déclaration des droits de l'homme, code de Nuremberg 1947, code d'octobre 1949 à Londres, déclaration d'Helsinski, d'Alma-Ata 78, Manille 81, conférence européenne de 87...).
C. Le débat actuel
L'éthique est l'émergence d'un nouveau champ du savoir, qui est aussi un lieu considérable de pouvoir avec les Comités d'éthique (CCPPRB). C'est donc un champ de bataille pour son appropriation par :
1. les courants confessionnels religieux. Pour les différentes grandes religions l'éthique est un nouveau nom de la morale. Et elles ont dans ce nouveau domaine leur message traditionnel à transmettre. C'est l'éthique de conviction, opposée à l'éthique de responsabilité.
la casuistique. L'éthique est concrète et ne correspond qu'à la conduite à tenir dans un cas et une situation particulière. Elle est la suite de la casuistique catholique mise au point par les jésuites : "moment de réflexion sur les conflits de valeur". Dans toute morale peuvent apparaître des "conflits de normes" qui ne peuvent être résolus que par la sagesse pratique au cas par cas (casuistique).
2. les philosophes. L'éthique étant traditionnellement étudiée par la philosophie morale et l'épistémologie, les philosophes continuent à réfléchir sur les éthiques appliquées à la vie pratique.
le prémoral. La morale dit ce qui s'impose comme obligatoire (selon l'héritage kantien de l'impératif catégorique) et l'éthique ce qui est estimé comme bon (selon l'héritage aristotélicien de la visée téléologique de la vie bonne). "la visée de la vie bonne avec et pour autrui dans des institutions justes" Paul Ricoeur qui réserve le "terme d'éthique pour tout le questionnement qui précède l'introduction de l'idée de loi morale et désigne par morale tout ce qui dans l'ordre du bien et du mal se rapporte à des lois, des normes, des impératifs. " "La découverte de la liberté dans l'exercice même de l'action" Paul Ladrière.
l'ersatz de la morale. "l'offre d'éthique répond mal à la demande de la morale ... L'éthique permet au mieux d'ajuster quelques comportements individuels" Alain Etchegoyen
ou bien : La morale est universelle et obligatoire, l'éthique est plurielle, c'est un accord transitoire de la base dans l'effervescence (Maffésolli)
3. les scientifiques et les médecins. Des solutions éthiques sont trouvées, fondées sur des études de terrain selon les méthodes des sciences humaines (ou de la seule médecine, selon certains médecins)
la recherche. La morale répond à nos questionnements, l'éthique est en elle-même une interrogation et une recherche et rien d'autre. (Christian Hervé)
l'éthique pragmatique comme seule "morale de l'action". C'est aussi "l'éthique à petit pas" de Changeux, une éthique de responsabilité inspirée du réel et non plus une éthique de conviction ou idéologique.
la conception progressiste : "l'éthique est cette exigence libre et individuelle de réalisation des Valeurs, qui est le ferment et le principe de progrès des morales" Marc-Alain Descamps
4. les juristes. L'éthique n'est qu'une jurisprudence préalable, élaborée par des comités d'éthique, qui préparent par là la rédaction et le vote d'une loi par le parlement ou de décrets par le gouvernement. Elle est donc la régle de vie individuelle dans les failles du droit et de la jurisprudence.
5. Les industriels. C'est la conception utilitariste anglo-saxone : "ethics pay", l'éthique est rentable. On doit s'y soumettre pour son image, car à long terme on est remboursé de ses sacrifices. Il faut avoir un code de bonne conduite et le respecter de façon à engendrer le respect et la confiance. Cela rapporte. On doit donc établir une éthique marchande (respect de la parole donnée, de la qualité de l'objet vendu ...) et une éthique partenariale (honnêteté avec les fournisseurs et les clients ...). Si les dirigeants ne respectent pas l'éthique, il est difficile de l'exiger de chaque employé.
publique par: Mélanie
A. le sens ancien
1). Etymologique. La recherche étymologique n'apporte rien, comme dans tous les cas où la dérivation est importante (ex. la Mode, la publicité, la relaxation...). Le mot Ethique vient d'un terme grec Ethiqué, qui signifiait "les moeurs". Le même passage du fait au droit s'est opéré dans le mot "morale" qui peut signifier "les moeurs" dans l'expression "la morale des Gaulois" ou un système d'exhortation à se conformer à des règles relatives au Bien et tenues comme universellement et inconditionnellement valables.
2). Au sens classique, c'est la science de la morale. Les philosophes et les penseurs ont étudié les diverses morales (juive, chrétiennes, islamique...), ou systèmes d'interdits et de commandements relatifs aux jugements de valeur selon le bien et le mal, pour en comprendre l'origine, la nature, les fondements, les principes, la logique, etc. Bref, ils en ont fait une nouvelle "science", l'étude philosophique des morales : l'Ethique. (ex. Spinoza Ethica, Wolff Ethica...)
B. le sens moderne
1. Les CONFUSIONS à éviter. L'éthique ne doit pas être confondue avec :
a) le droit, le légal ou le juridique. La loi est le produit du pouvoir d'un état souverain, qui rend obligatoire un comportement sous menace de sanctions. (si l'état est démocratique, c'est l'expression de la volonté de la majorité des citoyens). Toute loi cherche à être morale et juste, mais ne l'est jamais totalement, puisqu'elle doit être affinée par des juges créant la jurisprudence dans ses applications non-prévues et constamment transformée pour tenir compte de l'évolution du monde, des techniques et des moeurs. Le légalisme qui dit que "tout ce qui n'est pas défendu est permis", nie la morale et l'éthique.
b) la déontologie. Le code de déontologie est un ensemble de régles de pratique professionnelle, qui sont proposées par des représentants de la profession et peuvent être imposées lorsque l'état a délégué une partie de ses pouvoirs à "un ordre professionnel", comme l'Ordre des Médecins. Mais la déontologie est au service d'une corporation, alors que l'éthique est au service du bien général et peut amener à remettre en cause son intérêt et celui de sa corporation.
c) la préoccupation économique. La demande nouvellement faite au médecin de se comporter aussi en gestionnaire économique crée une opposition de plus entre le juste et le rentable.
d) la conscience professionnelle est la pratique volontaire de la morale dans l'exercice de son métier.
e) la morale : pour certains "l'éthique" est le mot moderne pour "la morale", c'est la même chose. C'est la science des Valeurs universelles qui transcendent le temps, les populations et les idéologies. Les recommandations du Comité national d'Ethique deviennent "la morale officielle".
"Le Droit décide, la morale commande, l'éthique recommande"
2. Au sens moderne actuel, l'éthique se différencie de la morale par :
a). le libre choix individuel conforme à sa conception du bien et du mal, sans obéissance à une morale (Tables de la Loi ou listes publiques de commandements, de tabous et d'interdits). Il s'agit d'une prise de décision individuelle, spontanée et libre (cela correspond au sens de Bergson dans Les deux sources de la morale et de la religion où il oppose les anciennes morales closes de l'obligation à l'exigence spontanée, intérieure, libre et ouverte de la générosité, du héros, de l'appel). L'éthique au sens moderne échappe au discrédit des morales. Bien des gens, et surtout des jeunes, ne veulent plus entendre parler de morale ou liste de devoirs imposés du haut et plus particulièrement de morale chrétienne (obsessionnelle sur la sexualité, inadaptée et oublieuse des injustices sociales, de classe ou de peuples), mais ils conforment toujours leur conduite au bien moral. "La vraie morale se moque de la morale" écrivait Pascal. L'éthique, ou la vraie morale, est cette exigence morale intérieure qui critique les morales traditionnelles et les moeurs actuelles. Rien ne prouve plus la présence et la force du sens éthique personnel que cette insatisfaction des pratiques conventionnelles dépassées.
b). le coté scientifique : l'éthique a un contenu plus scientifique que la morale. Elle n'est plus fondée sur une Révélation (comme en religion) ou la seule Raison (comme en philosophie), mais s'aide de toutes les études des sciences humaines (sociologie, psychologie, anthropologie, épistémologie, droit...).
c) le domaine limité. Actuellement l'éthique désigne une morale sectorielle spécialisée à un domaine. La première éthique à se constituer paraît être l'éthique écologique (exigence des jeunes et des "verts" de respecter la nature"). Puis sont apparues l'éthique bio-médicale, l'éthique dans la guerre, l'éthique des entreprises, éthique de la Bourse...). L'éthique bio-médicale a commencé avec l'analyse critique des conflits et des cas de conscience. Ceci a provoqué une certains nombre de déclarations et de codes éthiques (Déclaration des droits de l'homme, code de Nuremberg 1947, code d'octobre 1949 à Londres, déclaration d'Helsinski, d'Alma-Ata 78, Manille 81, conférence européenne de 87...).
C. Le débat actuel
L'éthique est l'émergence d'un nouveau champ du savoir, qui est aussi un lieu considérable de pouvoir avec les Comités d'éthique (CCPPRB). C'est donc un champ de bataille pour son appropriation par :
1. les courants confessionnels religieux. Pour les différentes grandes religions l'éthique est un nouveau nom de la morale. Et elles ont dans ce nouveau domaine leur message traditionnel à transmettre. C'est l'éthique de conviction, opposée à l'éthique de responsabilité.
la casuistique. L'éthique est concrète et ne correspond qu'à la conduite à tenir dans un cas et une situation particulière. Elle est la suite de la casuistique catholique mise au point par les jésuites : "moment de réflexion sur les conflits de valeur". Dans toute morale peuvent apparaître des "conflits de normes" qui ne peuvent être résolus que par la sagesse pratique au cas par cas (casuistique).
2. les philosophes. L'éthique étant traditionnellement étudiée par la philosophie morale et l'épistémologie, les philosophes continuent à réfléchir sur les éthiques appliquées à la vie pratique.
le prémoral. La morale dit ce qui s'impose comme obligatoire (selon l'héritage kantien de l'impératif catégorique) et l'éthique ce qui est estimé comme bon (selon l'héritage aristotélicien de la visée téléologique de la vie bonne). "la visée de la vie bonne avec et pour autrui dans des institutions justes" Paul Ricoeur qui réserve le "terme d'éthique pour tout le questionnement qui précède l'introduction de l'idée de loi morale et désigne par morale tout ce qui dans l'ordre du bien et du mal se rapporte à des lois, des normes, des impératifs. " "La découverte de la liberté dans l'exercice même de l'action" Paul Ladrière.
l'ersatz de la morale. "l'offre d'éthique répond mal à la demande de la morale ... L'éthique permet au mieux d'ajuster quelques comportements individuels" Alain Etchegoyen
ou bien : La morale est universelle et obligatoire, l'éthique est plurielle, c'est un accord transitoire de la base dans l'effervescence (Maffésolli)
3. les scientifiques et les médecins. Des solutions éthiques sont trouvées, fondées sur des études de terrain selon les méthodes des sciences humaines (ou de la seule médecine, selon certains médecins)
la recherche. La morale répond à nos questionnements, l'éthique est en elle-même une interrogation et une recherche et rien d'autre. (Christian Hervé)
l'éthique pragmatique comme seule "morale de l'action". C'est aussi "l'éthique à petit pas" de Changeux, une éthique de responsabilité inspirée du réel et non plus une éthique de conviction ou idéologique.
la conception progressiste : "l'éthique est cette exigence libre et individuelle de réalisation des Valeurs, qui est le ferment et le principe de progrès des morales" Marc-Alain Descamps
4. les juristes. L'éthique n'est qu'une jurisprudence préalable, élaborée par des comités d'éthique, qui préparent par là la rédaction et le vote d'une loi par le parlement ou de décrets par le gouvernement. Elle est donc la régle de vie individuelle dans les failles du droit et de la jurisprudence.
5. Les industriels. C'est la conception utilitariste anglo-saxone : "ethics pay", l'éthique est rentable. On doit s'y soumettre pour son image, car à long terme on est remboursé de ses sacrifices. Il faut avoir un code de bonne conduite et le respecter de façon à engendrer le respect et la confiance. Cela rapporte. On doit donc établir une éthique marchande (respect de la parole donnée, de la qualité de l'objet vendu ...) et une éthique partenariale (honnêteté avec les fournisseurs et les clients ...). Si les dirigeants ne respectent pas l'éthique, il est difficile de l'exiger de chaque employé.
publique par: Mélanie
L`Éthique
Éthique
L'éthique est une branche de la philosophie qui s'intéresse aux comportements humains et, plus précisément, à la conduite des individus en société. L'éthique fait l'examen de la justification rationnelle de nos jugements moraux, elle étudie ce qui est moralement bien ou mal, juste ou injuste.
source: Bureau canadien des valeurs et de l'éthique
Enjeux
«Les éthiciens ne risquent-ils pas d'être la bonne conscience d’une science sans conscience ?»
Marc Michel, Colloque génoéthique, génomique et anthropologie.
L'éthique est de plus en plus à la mode, comme le prouve la multiplication des chaires sur ce sujet dans les universités de même que celle des ouvrages et des revues spécialisées sur la question. Faut-il s'en réjouir? Tout succès d'une cause noble en apparence doit nous rappeler ce mot de Nietzsche: «Lorsqu'une grande vérité triomphe sur la place publique, c'est signe qu'un grand mensonge a combattu pour elle.»
Parmi les nombreux mensonges qui expliquent le triomphe de l'éthique, il y a celui de la division des tâches dans l'ordre moral. Dans les entreprises et les institutions publiques, il y a des spécialistes de l'éthique, à côté des chercheurs, experts en marketing, avocats, etc. Il en résulte de la part des autres experts une tentation très forte de s'en remettre, pour ce qui est de la dimension morale de leurs actes, à l'expert du bureau voisin plutôt qu'à leur propre conscience.
Dans le domaine des biotechnologies par exemple, les chercheurs ont pour règle de ne pas s'imposer à eux-mêmes de limites d'origine morale dans leur exploration du réel. Vous ne verrez jamais un chercheur s'interdire d'isoler un gène sous prétexte que ce dernier pourrait servir un jour le grand projet eugéniste. En tant que chercheur, il s'estime par-delà le bien et le mal, même s'il connaît mieux que quiconque l'usage que l'on pourra faire de ses découvertes. C'est l'éthicien de service qui viendra codifier cet usage tel un arpenteur qui succède au découvreur et au défricheur sur les territoires nouveaux.
Si la complexité croissante des conséquences des actes humains oblige les chercheurs et les décideurs à s'entourer de conseillers en éthique, il faut veiller à ce que la responsabilité de ces chercheurs et décideurs ne soit pas diluée. La responsabilité morale n'est pas divisible. Quant à l'éthique, ne serait-elle donc que la technicisation de la morale et son morcellement? Aristote, dans son traité De l'Âme, souligne que l'âme n'est pas morcelable. Un précepte ou principe moral ne saurait se fragmenter en dix règles éthiques.
Quelqu'ait été le nombre de ses conseillers, c'est le général Eisenhower qui porte, seul devant sa conscience, éternellement et devant l'histoire, la responsabilité du grand débarquement en Normandie à telle heure et à telle date. Même dans le cas où une décision est prise par un groupe, la responsabilité de chacun est totale. De même que deux dans la tête d'un individu et deux dans la tête d'un autre ne feront jamais quatre, de même les mobiles de l'un ne se combineront jamais aux mobiles de l'autre pour faire un acte moral.
Mais comment assumer pleinement ses responsabilités, dans la solitude de sa conscience, si cette conscience n'est pas secrètement enracinée dans une réalité transcendante par rapport à elle, l'univers ou Dieu?
De nombreux auteurs se sont penchés sur cette question au cours des dernières décennies. Nous nous arrêtons ici à la thèse que défend Henri Atlan dans Tout, non peut-être, éducation et vérité.1 Cet auteur étant à la fois biologiste, physicien et philosophe, son point de vue présente un intérêt particulier dans un débat portant, en dernière analyse, sur le rapport entre les lois morales et les lois de la nature. Considérant le divorce entre l'homme et la nature comme un fait indéniable et irréversible, Atlan s'efforce de définir une méthode permettant de limiter les effets du relativisme dans ces conditions.
Beaucoup de gens n'admettent pas qu'il puisse exister une hiérarchie objective dans le beau; et le mot beauté, précisément parce qu'il abriterait une intention d'universalité, est banni de bien des vocabulaires. Chacun son goût -et en ce sens tout s'équivaut - à condition que le goût de chacun n'empêche pas le voisin de satisfaire le sien! Ce relativisme sur fond de libéralisme semble être actuellement le grand principe de cohésion dans nos sociétés. Il s'est étendu au bien et au vrai hors de la science. L'intérêt que suscite actuellement l'éthique s'explique en partie par cet état de fait.
Atlan évoque d'abord la tradition grecque avec une nostalgie avouée. Il en est résulté, explique-t-il, la conviction qu'une même vérité, qu'un même soleil brille au dessus de la cité et de ses lois morales et au centre de l'univers. À l'âme de cet univers, alors appelé macrocosme, correspondait l'âme de chaque être humain appelé microcosme. En contemplant le macrocosme, et en se nourrissant des oeuvres d'art qui en reflétaient l'harmonie, l'individu, le microcosme, pouvait espérer se rapprocher de la perfection.
Rien n'illustre plus merveilleusement ce lien entre la physique et la morale que l'amitié entre Périclès et Anaxagore, un philosophe sans argent et sans puissance que les Athéniens avaient amicalement surnommé l'Intelligence. Anaxagore, nous dit Plutarque, a été «le premier à établir pour principe de la formation du monde non le hasard et la nécessité mais une intelligence pure et simple qui avait tiré du chaos les substances homogènes». Périclès, après Solon, a voulu montrer que cette intelligence, sous la forme de la justice, pouvait aussi se substituer à la force dans la vie des sociétés.
Ce mariage entre l'homme et le monde, le plus menacé de divorce qui fut jamais, se refera sous des formes diverses au cours des âges. Dans les temps modernes, c'est le philosophe Emmanuel Kant qui fait autorité en cette matière. Kant résumera en une métaphore inoubliable ses efforts pour trouver un fondement commun à la morale et à la science: «Le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale au fond de notre coeur!»
Henri Atlan est de ceux qui croient que le divorce est consommé, que la séparation est irréversible. Les conséquences de ce divorce sont telles à ses yeux que l'humanité entière, dans la mesure du moins où elle subit l'influence de l'Occident, est aussi désemparée que de jeunes enfants après la séparation de leurs parents.
D'un côté il y a la science, ses vérités objectives... et ses promesses d'un bonheur atteint par la maîtrise des choses extérieures. Non seulement les lois morales ne peuvent pas être assimilées à celles de cette science, mais elle-même est de plus en plus fréquemment à l'origine de problèmes moraux inédits, d'une gravité exceptionnelle, comme ceux par exemple que posent les nouvelles techniques de reproduction.
De l'autre côté, il y a le flou moral qui, dans la pire des hypothèses, donne l'anarchie parfois suicidaire comme au Rwanda, et dans la meilleure, les sociétés de droit comme la nôtre où l'on s'efforce d'harmoniser des opinions subjectives et contradictoires sur l'avortement, l'euthanasie, etc.
Puisque tout s'équivaut dans ce monde des opinions subjectives, pourquoi ne pas laisser la science arranger notre destin? Pourquoi se soucier de la morale ou, si l'on éprouve le besoin de le faire, pourquoi ne pas chercher refuge dans une secte ou dans un ghetto fondamentaliste?
Il y a une autre voie, nous dit Henri Atlan. Elle consiste à renouer avec une tradition qui remonte à Protagoras, le plus célèbre de ces sophistes que Socrate a combattus et à jamais discrédités. La vertu, soutient Atlan après Protagoras, ne peut certes pas être déduite d'un principe universel, ni être tirée de l'observation des faits, mais elle s'enseigne par l'exemple, par la présentation de modèles, par l'exhortation, par l'indignation même et, d'une manière plus générale, par la rhétorique qui consiste à discuter sur la place publique du bien fondé de tel ou tel comportement avec l'espoir, parfois exaucé, qu'il en résulte un consensus. Certes, la raison n'est pas le critère ici mais elle conserve une partie de sa dignité et de son importance en tant qu'outil.
Atlan assigne une grande responsabilité à ceux qui exercent ce qu'il appelle le pouvoir poétique, aux journalistes et aux enseignants, plus particulièrement aux professeurs de philosophie dont le rôle lui paraît essentiel. Sans nier l'importance de la division des pouvoirs juridiques, législatifs et exécutifs -on sait qu'il s'agit là d'une règle fondamentale en démocratie - Atlan estime qu'il est désormais plus important encore d'empêcher la fusion du pouvoir politique et du pouvoir scientifique.
Dans un monde, dit-il, où il n'existe de vérité que scientifique, les hommes ont évidemment tendance à chercher le paradis dans les promesses que la science, appuyée par la finance, formule pour accroître son pouvoir. Pour les politiciens, la tentation est forte de subordonner leur sort à celui de la science. Le totalitarisme est alors à l'horizon immédiat. Dans ces conditions, l'avenir des libertés dépend, selon Atlan, de la façon dont le pouvoir poétique -celui des philosophes et des journalistes- parvient, en exerçant sa fonction critique, à séparer le pouvoir politique du pouvoir scientifique.
La responsabilité du pouvoir poétique est de s'interposer entre les deux. «Depuis que la vérité scientifique, grâce à son efficacité technique, a pris le pas sur les autres vérités, seuls de tels projets (la fonction critique remplie par le pouvoir poétique) semblent crédibles. Lorsque parfois, pour de bonnes raisons tenant à des échecs antérieurs, ils sont mis en doute et critiqués, c'est malheureusement la régression religieuse, fondamentaliste ou intégriste, qui prend alors le relais avec ses promesses renouvelées de paradis durement gagné par le renoncement, la souffrance et le sacrifice.»2
1-Éditions du Seuil, Paris, 1991.
2- op.cit. p. 240
Essentiel
L'une des choses qui distinguent la morale de l'éthique c'est que dans la première le lien avec la religion, voire avec la grâce, va presque de soi, même s'il existe des morales purement humanistes, tandis que dans la seconde, le même lien paraît moins justifié, même s'il a été consacré par un classique comme L'éthique protestante et le capitalisme de Max Weber. C'est là d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles le mot éthique a remplacé le mot morale dans bien des sociétés. Quand on invoque la morale au Québec, par exemple, on donne l'impression de vouloir ressusciter le passé religieux et sa morale étroite.
L'éthique est plus proche du droit que de la religion, comme le prouve la vogue des codes d'éthique, qui se situent dans le prolongement immédiat des textes juridiques. L'éthique soulève aussi la même question fondamentale que le droit: une fois le but fixé, où trouver l'énergie pour l'atteindre? On connaît la réponse de Platon à cette question: c'est la contemplation du beau, du bien et du vrai qui nourrit l'âme au point de la rendre capable de se conformer à son idéal. Dans ce cas, l'idéal suprême, le Bien pur, est à la fois le but et la source de l'énergie qui permet de l'atteindre.
Une telle réponse n'a de sens que si l'on croit à un lien vivant entre l'homme et l'univers. Parmi les auteurs contemporains qui ont eu cette foi et qui ont apporté une contribution oroginale à la réflexion sur l'action, il y a Simone Weil.
Il est intéressant de noter qu'elle n'emploie guère le mot morale, et encore moins le mot éthique. Elle marque aussi ses distances par rapport au droit. C'est précisément aux morales et aux éthiques humanistes et volontaristes, sans lien avec le transcendant, qu'elle attribuait les grandes catastrophes humaines qui ont frappé l'Europe au cours de la première moitié du XXe siècle. Les chartes de droits enfermaient à ses yeux la même illusion: celle de pouvoir s'élever soi-même alors qu'on ne peut qu'être élevé, par une énergie analogue à celle du soleil, la grâce. Le but, premier objet de la morale, de l'éthique et du droit risque fort d'être surtout utilisé à des fins démagogiques. Proclamer le droit à la santé de tous les enfants du monde et s'assurer que les obligations correspondantes seront remplies, ce sont là deux choses différentes. Le but n'intéressait Simone Weil que dans la mesure où il était associé à la source d'énergie permettant de l'atteindre. C'est pourquoi elle subordonnait les droits aux obligations et l'éthique au surnaturel: «La notion d'obligation prime celle de droit, qui lui est subordonnée et relative. (...) L'obligation seule peut être inconditionnée. Elle se place dans un domaine qui est au-dessus de toutes conditions, parce qu'il est au-dessus de ce monde.»
L'éthique est une branche de la philosophie qui s'intéresse aux comportements humains et, plus précisément, à la conduite des individus en société. L'éthique fait l'examen de la justification rationnelle de nos jugements moraux, elle étudie ce qui est moralement bien ou mal, juste ou injuste.
source: Bureau canadien des valeurs et de l'éthique
Enjeux
«Les éthiciens ne risquent-ils pas d'être la bonne conscience d’une science sans conscience ?»
Marc Michel, Colloque génoéthique, génomique et anthropologie.
L'éthique est de plus en plus à la mode, comme le prouve la multiplication des chaires sur ce sujet dans les universités de même que celle des ouvrages et des revues spécialisées sur la question. Faut-il s'en réjouir? Tout succès d'une cause noble en apparence doit nous rappeler ce mot de Nietzsche: «Lorsqu'une grande vérité triomphe sur la place publique, c'est signe qu'un grand mensonge a combattu pour elle.»
Parmi les nombreux mensonges qui expliquent le triomphe de l'éthique, il y a celui de la division des tâches dans l'ordre moral. Dans les entreprises et les institutions publiques, il y a des spécialistes de l'éthique, à côté des chercheurs, experts en marketing, avocats, etc. Il en résulte de la part des autres experts une tentation très forte de s'en remettre, pour ce qui est de la dimension morale de leurs actes, à l'expert du bureau voisin plutôt qu'à leur propre conscience.
Dans le domaine des biotechnologies par exemple, les chercheurs ont pour règle de ne pas s'imposer à eux-mêmes de limites d'origine morale dans leur exploration du réel. Vous ne verrez jamais un chercheur s'interdire d'isoler un gène sous prétexte que ce dernier pourrait servir un jour le grand projet eugéniste. En tant que chercheur, il s'estime par-delà le bien et le mal, même s'il connaît mieux que quiconque l'usage que l'on pourra faire de ses découvertes. C'est l'éthicien de service qui viendra codifier cet usage tel un arpenteur qui succède au découvreur et au défricheur sur les territoires nouveaux.
Si la complexité croissante des conséquences des actes humains oblige les chercheurs et les décideurs à s'entourer de conseillers en éthique, il faut veiller à ce que la responsabilité de ces chercheurs et décideurs ne soit pas diluée. La responsabilité morale n'est pas divisible. Quant à l'éthique, ne serait-elle donc que la technicisation de la morale et son morcellement? Aristote, dans son traité De l'Âme, souligne que l'âme n'est pas morcelable. Un précepte ou principe moral ne saurait se fragmenter en dix règles éthiques.
Quelqu'ait été le nombre de ses conseillers, c'est le général Eisenhower qui porte, seul devant sa conscience, éternellement et devant l'histoire, la responsabilité du grand débarquement en Normandie à telle heure et à telle date. Même dans le cas où une décision est prise par un groupe, la responsabilité de chacun est totale. De même que deux dans la tête d'un individu et deux dans la tête d'un autre ne feront jamais quatre, de même les mobiles de l'un ne se combineront jamais aux mobiles de l'autre pour faire un acte moral.
Mais comment assumer pleinement ses responsabilités, dans la solitude de sa conscience, si cette conscience n'est pas secrètement enracinée dans une réalité transcendante par rapport à elle, l'univers ou Dieu?
De nombreux auteurs se sont penchés sur cette question au cours des dernières décennies. Nous nous arrêtons ici à la thèse que défend Henri Atlan dans Tout, non peut-être, éducation et vérité.1 Cet auteur étant à la fois biologiste, physicien et philosophe, son point de vue présente un intérêt particulier dans un débat portant, en dernière analyse, sur le rapport entre les lois morales et les lois de la nature. Considérant le divorce entre l'homme et la nature comme un fait indéniable et irréversible, Atlan s'efforce de définir une méthode permettant de limiter les effets du relativisme dans ces conditions.
Beaucoup de gens n'admettent pas qu'il puisse exister une hiérarchie objective dans le beau; et le mot beauté, précisément parce qu'il abriterait une intention d'universalité, est banni de bien des vocabulaires. Chacun son goût -et en ce sens tout s'équivaut - à condition que le goût de chacun n'empêche pas le voisin de satisfaire le sien! Ce relativisme sur fond de libéralisme semble être actuellement le grand principe de cohésion dans nos sociétés. Il s'est étendu au bien et au vrai hors de la science. L'intérêt que suscite actuellement l'éthique s'explique en partie par cet état de fait.
Atlan évoque d'abord la tradition grecque avec une nostalgie avouée. Il en est résulté, explique-t-il, la conviction qu'une même vérité, qu'un même soleil brille au dessus de la cité et de ses lois morales et au centre de l'univers. À l'âme de cet univers, alors appelé macrocosme, correspondait l'âme de chaque être humain appelé microcosme. En contemplant le macrocosme, et en se nourrissant des oeuvres d'art qui en reflétaient l'harmonie, l'individu, le microcosme, pouvait espérer se rapprocher de la perfection.
Rien n'illustre plus merveilleusement ce lien entre la physique et la morale que l'amitié entre Périclès et Anaxagore, un philosophe sans argent et sans puissance que les Athéniens avaient amicalement surnommé l'Intelligence. Anaxagore, nous dit Plutarque, a été «le premier à établir pour principe de la formation du monde non le hasard et la nécessité mais une intelligence pure et simple qui avait tiré du chaos les substances homogènes». Périclès, après Solon, a voulu montrer que cette intelligence, sous la forme de la justice, pouvait aussi se substituer à la force dans la vie des sociétés.
Ce mariage entre l'homme et le monde, le plus menacé de divorce qui fut jamais, se refera sous des formes diverses au cours des âges. Dans les temps modernes, c'est le philosophe Emmanuel Kant qui fait autorité en cette matière. Kant résumera en une métaphore inoubliable ses efforts pour trouver un fondement commun à la morale et à la science: «Le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale au fond de notre coeur!»
Henri Atlan est de ceux qui croient que le divorce est consommé, que la séparation est irréversible. Les conséquences de ce divorce sont telles à ses yeux que l'humanité entière, dans la mesure du moins où elle subit l'influence de l'Occident, est aussi désemparée que de jeunes enfants après la séparation de leurs parents.
D'un côté il y a la science, ses vérités objectives... et ses promesses d'un bonheur atteint par la maîtrise des choses extérieures. Non seulement les lois morales ne peuvent pas être assimilées à celles de cette science, mais elle-même est de plus en plus fréquemment à l'origine de problèmes moraux inédits, d'une gravité exceptionnelle, comme ceux par exemple que posent les nouvelles techniques de reproduction.
De l'autre côté, il y a le flou moral qui, dans la pire des hypothèses, donne l'anarchie parfois suicidaire comme au Rwanda, et dans la meilleure, les sociétés de droit comme la nôtre où l'on s'efforce d'harmoniser des opinions subjectives et contradictoires sur l'avortement, l'euthanasie, etc.
Puisque tout s'équivaut dans ce monde des opinions subjectives, pourquoi ne pas laisser la science arranger notre destin? Pourquoi se soucier de la morale ou, si l'on éprouve le besoin de le faire, pourquoi ne pas chercher refuge dans une secte ou dans un ghetto fondamentaliste?
Il y a une autre voie, nous dit Henri Atlan. Elle consiste à renouer avec une tradition qui remonte à Protagoras, le plus célèbre de ces sophistes que Socrate a combattus et à jamais discrédités. La vertu, soutient Atlan après Protagoras, ne peut certes pas être déduite d'un principe universel, ni être tirée de l'observation des faits, mais elle s'enseigne par l'exemple, par la présentation de modèles, par l'exhortation, par l'indignation même et, d'une manière plus générale, par la rhétorique qui consiste à discuter sur la place publique du bien fondé de tel ou tel comportement avec l'espoir, parfois exaucé, qu'il en résulte un consensus. Certes, la raison n'est pas le critère ici mais elle conserve une partie de sa dignité et de son importance en tant qu'outil.
Atlan assigne une grande responsabilité à ceux qui exercent ce qu'il appelle le pouvoir poétique, aux journalistes et aux enseignants, plus particulièrement aux professeurs de philosophie dont le rôle lui paraît essentiel. Sans nier l'importance de la division des pouvoirs juridiques, législatifs et exécutifs -on sait qu'il s'agit là d'une règle fondamentale en démocratie - Atlan estime qu'il est désormais plus important encore d'empêcher la fusion du pouvoir politique et du pouvoir scientifique.
Dans un monde, dit-il, où il n'existe de vérité que scientifique, les hommes ont évidemment tendance à chercher le paradis dans les promesses que la science, appuyée par la finance, formule pour accroître son pouvoir. Pour les politiciens, la tentation est forte de subordonner leur sort à celui de la science. Le totalitarisme est alors à l'horizon immédiat. Dans ces conditions, l'avenir des libertés dépend, selon Atlan, de la façon dont le pouvoir poétique -celui des philosophes et des journalistes- parvient, en exerçant sa fonction critique, à séparer le pouvoir politique du pouvoir scientifique.
La responsabilité du pouvoir poétique est de s'interposer entre les deux. «Depuis que la vérité scientifique, grâce à son efficacité technique, a pris le pas sur les autres vérités, seuls de tels projets (la fonction critique remplie par le pouvoir poétique) semblent crédibles. Lorsque parfois, pour de bonnes raisons tenant à des échecs antérieurs, ils sont mis en doute et critiqués, c'est malheureusement la régression religieuse, fondamentaliste ou intégriste, qui prend alors le relais avec ses promesses renouvelées de paradis durement gagné par le renoncement, la souffrance et le sacrifice.»2
1-Éditions du Seuil, Paris, 1991.
2- op.cit. p. 240
Essentiel
L'une des choses qui distinguent la morale de l'éthique c'est que dans la première le lien avec la religion, voire avec la grâce, va presque de soi, même s'il existe des morales purement humanistes, tandis que dans la seconde, le même lien paraît moins justifié, même s'il a été consacré par un classique comme L'éthique protestante et le capitalisme de Max Weber. C'est là d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles le mot éthique a remplacé le mot morale dans bien des sociétés. Quand on invoque la morale au Québec, par exemple, on donne l'impression de vouloir ressusciter le passé religieux et sa morale étroite.
L'éthique est plus proche du droit que de la religion, comme le prouve la vogue des codes d'éthique, qui se situent dans le prolongement immédiat des textes juridiques. L'éthique soulève aussi la même question fondamentale que le droit: une fois le but fixé, où trouver l'énergie pour l'atteindre? On connaît la réponse de Platon à cette question: c'est la contemplation du beau, du bien et du vrai qui nourrit l'âme au point de la rendre capable de se conformer à son idéal. Dans ce cas, l'idéal suprême, le Bien pur, est à la fois le but et la source de l'énergie qui permet de l'atteindre.
Une telle réponse n'a de sens que si l'on croit à un lien vivant entre l'homme et l'univers. Parmi les auteurs contemporains qui ont eu cette foi et qui ont apporté une contribution oroginale à la réflexion sur l'action, il y a Simone Weil.
Il est intéressant de noter qu'elle n'emploie guère le mot morale, et encore moins le mot éthique. Elle marque aussi ses distances par rapport au droit. C'est précisément aux morales et aux éthiques humanistes et volontaristes, sans lien avec le transcendant, qu'elle attribuait les grandes catastrophes humaines qui ont frappé l'Europe au cours de la première moitié du XXe siècle. Les chartes de droits enfermaient à ses yeux la même illusion: celle de pouvoir s'élever soi-même alors qu'on ne peut qu'être élevé, par une énergie analogue à celle du soleil, la grâce. Le but, premier objet de la morale, de l'éthique et du droit risque fort d'être surtout utilisé à des fins démagogiques. Proclamer le droit à la santé de tous les enfants du monde et s'assurer que les obligations correspondantes seront remplies, ce sont là deux choses différentes. Le but n'intéressait Simone Weil que dans la mesure où il était associé à la source d'énergie permettant de l'atteindre. C'est pourquoi elle subordonnait les droits aux obligations et l'éthique au surnaturel: «La notion d'obligation prime celle de droit, qui lui est subordonnée et relative. (...) L'obligation seule peut être inconditionnée. Elle se place dans un domaine qui est au-dessus de toutes conditions, parce qu'il est au-dessus de ce monde.»
dimanche 25 janvier 2009
L´éthique
Les rapports entre morale et éthique sont délicats, car la distinction entre ces deux termes eux-mêmes est différente selon les penseurs. Dans un sens « ordinaire », le terme éthique est synonyme de morale, et désigne une pratique ayant pour objectif de déterminer une manière de vivre conforme aux fins de la vie humaine (recherche du bonheur ou de la vertu).
Une distinction courante consiste à entendre par « morale » l'ensemble des normes propres à un groupe social ou à un peuple à un moment précis de son histoire et à appeler éthique la recherche du bien par une conscience. Aujourd'hui, on emploie le terme « éthique » généralement pour qualifier des réflexions théoriques portant sur la valeur des pratiques et sur les conditions de ces pratiques ; l'éthique est ainsi une réflexion critique sur la moralité des actions. On parle par exemple de « comité d'éthique » au sein d'institutions scientifiques ou d'hôpitaux. L'éthique aurait donc ses fondements dans une décision dite rationnelle prise à partir d'un libre dialogue entre des consciences (riches de traditions et de codes idéologiques assimilés).
Une autre distinction est proposée par certains philosophes contemporains (Deleuze, Ricoeur, Comte Sponville, Giuliani, Misrahi...) pour définir la morale comme ensemble de devoirs (impératifs catégoriques qui commandent de faire un Bien posé comme valeur absolue, par ex "tu ne tueras pas") et l'éthique comme réalisation raisonnable des désirs (tendance naturelle à chercher le bon comme valeur relative à chaque sujet en recherche de son bonheur, qui peut par exemple légitimer certains actes généralement considérés "immoraux" comme l'euthanasie.)
La morale est ainsi généralement rattachée à une tradition idéaliste (de type kantienne) qui distingue entre ce qui est et ce qui doit être. Alors que l'éthique est liée à une tradition matérialiste (de type spinoziste) qui cherche seulement à améliorer la réalité par une attitude "raisonnable" de recherche du bonheur de tous.
* Aussi, le droit se distingue de la morale et de l'éthique dans le sens où il ne se prononce pas sur la valeur des actes, bien/mal, bon ou mauvais, et ne définit que ce qui est permis et défendu par le pouvoir dans une société donnée.
* La déontologie est pour sa part l'ensemble des obligations qu'une profession s'engage à respecter pour garantir une pratique conforme à l'éthique.
Une distinction courante consiste à entendre par « morale » l'ensemble des normes propres à un groupe social ou à un peuple à un moment précis de son histoire et à appeler éthique la recherche du bien par une conscience. Aujourd'hui, on emploie le terme « éthique » généralement pour qualifier des réflexions théoriques portant sur la valeur des pratiques et sur les conditions de ces pratiques ; l'éthique est ainsi une réflexion critique sur la moralité des actions. On parle par exemple de « comité d'éthique » au sein d'institutions scientifiques ou d'hôpitaux. L'éthique aurait donc ses fondements dans une décision dite rationnelle prise à partir d'un libre dialogue entre des consciences (riches de traditions et de codes idéologiques assimilés).
Une autre distinction est proposée par certains philosophes contemporains (Deleuze, Ricoeur, Comte Sponville, Giuliani, Misrahi...) pour définir la morale comme ensemble de devoirs (impératifs catégoriques qui commandent de faire un Bien posé comme valeur absolue, par ex "tu ne tueras pas") et l'éthique comme réalisation raisonnable des désirs (tendance naturelle à chercher le bon comme valeur relative à chaque sujet en recherche de son bonheur, qui peut par exemple légitimer certains actes généralement considérés "immoraux" comme l'euthanasie.)
La morale est ainsi généralement rattachée à une tradition idéaliste (de type kantienne) qui distingue entre ce qui est et ce qui doit être. Alors que l'éthique est liée à une tradition matérialiste (de type spinoziste) qui cherche seulement à améliorer la réalité par une attitude "raisonnable" de recherche du bonheur de tous.
* Aussi, le droit se distingue de la morale et de l'éthique dans le sens où il ne se prononce pas sur la valeur des actes, bien/mal, bon ou mauvais, et ne définit que ce qui est permis et défendu par le pouvoir dans une société donnée.
* La déontologie est pour sa part l'ensemble des obligations qu'une profession s'engage à respecter pour garantir une pratique conforme à l'éthique.
samedi 24 janvier 2009
Austin et la question éthique de la crédibilité
Nous ne vivons apparemment plus dans les sociétés traditionnelles et orales où la réputation de quelqu’un faisait l’essentiel de sa force, de sa richesse, et de sa valeur. Et nous ne prêtons qu’une faible attention aux procédures par lesquelles les personnes confirment ou perdent de leur crédibilité. C’est dommage pour la compréhension de ce qui nous arrive, car d’une certaine manière, dans nos sociétés encore, et plus peut-être que jamais, tout est question de crédibilité ; tout est question de confiance, et parfois de ce qu’on appelle le « culot [1] ». Nous prenons les personnes pour ce qu’elles disent être [2], et c’est pourquoi leur opinion d’elles-mêmes est si importante. Il existe en effet une incroyable assurance, et qui marche (en tout cas qui marche sur les autres) même si personne n’est dupe, et comment faire avec cette « mauvaise foi » ? Il est possible que cette effrayante apparence de confiance en soi soit le symptôme d’une démoralisation, d’une perte de toute confiance. En tout cas, cette possibilité d’une confiance feinte ou forcée me semble philosophiquement très intéressante.
Pierre Bayle, au tournant de l’âge classique et des Lumières, se posait une question voisine en cherchant, sans faire appel à des positions d’autorité ni au nombre des suffrages, « à quoi » l’on pouvait reconnaître un bon témoin historique [3]. Si l’on suit ses recommandations, un bon « critère » de reconnaissance de la crédibilité serait sans doute la cohérence : cohérence narrative du témoignage, mais aussi cohérence usuelle ou existentielle du témoin (entre son dire et son faire, par exemple). Mais je suis très sensible à ce que dit Emerson de l’insouci de cohérence dans La Confiance en soi, insouci qui est peut-être la plus belle preuve du sentiment intime de cohérence [4]. Un autre bon critère, et qui équilibrerait probablement bien le premier, serait le pluralisme du témoin, sa volonté de faire place à d’autres témoins, d’encaisser avec sympathie et curiosité l’existence de témoignages différents. Il y a chez Bayle le sceptique simultanément une confiance dans le doute et dans une forme proprement historique de la certitude, qui touche de près à ce qui sera notre question : comment partager (une croyance, par exemple) sans y obliger autrui ou sans y être obligé (de croire, par exemple [5] ).
Mais cette question de la crédibilité touche d’abord la conversation ordinaire. Comme le remarque Stanley Cavell dans son commentaire des investigations de Wittgenstein sur les raisons que je peux avoir de croire en des choses longuement exercées ou répétées, des choses de la vie ordinaire, ces « raisons » ne sont pas destinées à résoudre définitivement un doute précis, mais à éloigner le doute en quelque sorte seulement au fur et à mesure, à « faire entendre des protestations de connaissance, des supplications qu’on me tienne pour crédible [6] ». Cette protestation est aussi discrète et permanente que la demande de reconnaissance que nous nous adressons sans cesse les uns aux autres. Et la confiance mutuelle tient à cette approbation et ce témoignage réciproque par lequel on atteste les uns aux autres que l’on est bien dans le même monde humain. « Être humain c’est attester être humain [7]. »
La question à laquelle je m’en tiendrai pour ma part maintenant est celle du champ éthique. Je voudrais montrer que la crédibilité d’un locuteur ou d’un acteur est indissociable de la capacité pathique (de la sensibilité) de celui, ou celle, ou ceux, qui reçoivent, subissent, et doivent à leur tour interpréter l’action ou la parole qui leur est offerte. Et que la crédibilité tient aussi à la faculté de prendre en compte la (non-)réceptivité d’autrui. Les exigences proprement morales d’ailleurs se distinguent des règles juridiques en ce qu’elles ne peuvent être imposées et sont indissociables de leur réception pragmatique [8], comme Cavell le montre à propos d’un enfant et de sa leçon de piano : faut-il le placer illocutoirement en face d’une exigence altière, parfois décourageante, ou le placer perlocutoirement dans une situation encourageante ? C’est une question délicate car la première posture est subtilement immorale en ce qu’elle peut être perçue comme indifférente à l’autre, et la seconde peut l’être en tenant compte de lui au point qu’il ne sait plus où je suis, ce que je pense ou désire simplement.
L’éthique telle que je la comprends touche à l’ensemble de cet intervalle, et il y aurait donc aussi une éthique des sensations et de la sensibilité, une éthique de la capacité à recevoir, à interpréter, à partager ou à refuser ce que d’autres essayent de nous communiquer. Goethe observait justement que « se confier, c’est nature; accueillir tel quel ce qu’on nous confie, c’est culture [9] ». Et dans ce champ éthique, je m’attacherai tout particulièrement au problème des excuses et du pardon, pour y montrer l’apport des travaux d’Austin, et les replacer sous le questionnement probablement plus vaste qu’y a ouvert Stanley Cavell. J’ajouterai que c’est pour moi très neuf, et que j’ai envie de ne pas aller trop vite, de savourer ce moment de découverte, de confusion et de clarification.
S’il y a quelque chose dont je ne suis pas plus fanatique qu’Austin, c’est de proposer d’avance un programme de questions. Je n’irai malheureusement pas beaucoup plus loin que cet énoncé des questions, mais je vais essayer de m’y tenir. Il s’agira d’abord d’indiquer en quoi les questions éthiques liées à la crédibilité se rapportent à un problème de communicabilité ; c’est par le Kant de la troisième critique que je pénètre dans l’univers de Cavell sinon d’Austin, et je chercherai à expliquer ce rapprochement. Pour mettre la crédibilité à l’épreuve, je prendrai ensuite l’exemple d’un pardon pas toujours très exemplaire : comment faire confiance aux excuses ? Mais la question sous laquelle cette réflexion se tient demeure celle de la fausse assurance avec laquelle un jugement, et notamment une position morale peuvent être affichés ou vous être communiqués sans que vous ayez rien à y redire. La première réponse à ce phénomène de la confiance feinte ou forcée, je l’emprunterai justement aux remarques de Stanley Cavell sur le trouble introduit par la dimension perlocutoire du langage.
CRÉDIBILITÉ ET COMMUNICABILITÉ Un problème kantien Ce problème de la communicabilité a été mon angle d’attaque initial pour rencontrer la question de la crédibilité, et il s’agissait au départ de la communicabilité du sentiment esthétique et des jugements de goût dans la « troisième critique », dont l’auteur est certainement influencé par celui des deux premières, mais se place visiblement dans une optique inédite. Le Kant de l’impératif catégorique ne se pose justement pas le problème pragmatique de la communicabilité et de la réceptivité qu’il rencontre avec autant de finesse dans la Critique de la faculté de juger [10]. Hannah Arendt (un auteur que j’ai découvert récemment pour son intérêt à cette même question) s’intéresse à ce Kant-là parce qu’elle « désire apaiser le sens commun, si gravement offensé par le besoin qu’a la raison de poursuivre, sans savoir où elle va, sa quête de signification [11] », et que c’est là pour elle un problème de philosophie politique que Kant a rencontré au même endroit. Kant observe, dit-elle, que la folie réside dans la perte du sens commun qui nous permet de juger en tant que spectateurs, et il a en vue une éthique des spectateurs capables de se communiquer les uns aux autres ce qu’ils éprouvent, tentant de le partager et éprouvant ainsi qu’ils sont bien dans le même monde [12]. Or, remarque-t-elle, cette communicabilité procure le plaisir supplémentaire, une sorte de plaisir de surcroît, celui de l’approbation, que notre jugement soit approuvé, soit partagé.
C’est en effet tout le problème du plaisir esthétique chez Kant dans la Critique de la faculté de juger : comment communiquer un goût, un amour, une joie, qui ne sont pleinement eux-mêmes qu’à être communiqués, qui n’existent qu’à être partagés. Il est tellement malheureux d’être heureux tout seul ! C’est que le plaisir esthétique est la réconciliation des facultés, et ce sentiment de ne faire qu’un avec sa vie ne peut être obtenu seul : il tient à la possibilité d’un accord entre les humains, à la possibilité d’un bonheur partagé. C’est pourquoi Kant n’hésite pas à dire que la communicabilité universelle de ce sentiment est ce qui rend possible le plaisir esthétique (§ 9), et qu’un homme abandonné sur une île déserte ne chercherait pas la beauté, puisqu’il ne pourrait pas en partager le plaisir, que le goût « n’accorde de valeur aux sensations que dans la mesure où elles peuvent être universellement communiquées » (§ 41). On retrouve d’ailleurs la même idée chez Hannah Arendt : « il ne peut y avoir de bonheur pour un homme si un ami ne le partage pas » et nos vrais amis sont plutôt « ceux à qui nous n’hésitons pas à montrer notre bonheur [13] ».
Le problème est qu’on ne peut pas forcer les autres à éprouver un plaisir [14]. Le plaisir est libre, c’est une sensation ou un sentiment libres. En voulant forcer autrui à éprouver un plaisir, à partager un plaisir, on peut leur faire mal, et d’autant plus que l’on est alors déçu : on ne voulait que leur faire plaisir ! Souvent, le plus grand malheur résulte ainsi du plus grand désir de bonheur. Ce qui est alors demandé, c’est de se résigner à cet échec de la communicabilité tout en continuant à désirer partager la joie, c’est de consentir à une communication déceptible, de cultiver justement une communicativité indissociable d’une déceptivité. Nous avons donc chez Kant, dans le jugement esthétique (qui est expérience, ou dans l’expérience esthétique qui est jugement), un modèle d’universalité tout différent de l’universalité théorique ou pratique de la raison : c’est une universalité incertaine, une universalité de communicativité non imposable, et qui ne peut se déployer qu’au fur et à mesure, de proche en proche, et sans que rien ne soit jamais acquis [15].
C’est pourquoi on retrouve ce que je disais de l’éthique, qu’elle ne saurait se réduire à des règles d’action, ni même au courage d’agir, mais qu’elle doit aussi aller jusqu’au courage de sentir, de ne pas s’anesthésier, s’amputer, se rétrécir, de ses propres sentiments et sensations, de ses propres joies ou plaisirs comme de ses propres souffrances, douleurs ou chagrins. Si notre horizon éthique consiste à sentir ce que nous faisons (à comprendre ce que nous faisons et ce que nous disons, à le vouloir vraiment), on peut dire qu’il y a une corrélation entre notre agir et notre sentir : nous ne pouvons agir vraiment que si nous pouvons sentir, et nous ne pouvons sentir vraiment que si nous pouvons agir. À cette première corrélation s’ajoute celle-ci, que nous ne pouvons nous anesthésier de nos peines qu’en nous anesthésiant de nos joies. Et cette troisième corrélation aussi essentielle, me semble-t-il, à l’éthique : que nous ne puissions nous anesthésier de nos joies ou de nos peines qu’en nous anesthésiant aux joies et aux peines des autres (et réciproquement).
Or je crois rejoindre ici ce qu’écrivait Sandra Laugier à propos de « Wittgenstein, la subjectivité et la voix intérieure » : « l’inconnaissabilité prétendue d’autrui déguise le refus ou l’angoisse de se connaître, ou plutôt de se sentir [16] ». Aujourd’hui, le scepticisme ambiant consiste à ne jamais surtout faire plaisir à autrui, de peur de lui faire du mal, ou de ne jamais accepter qu’il nous fasse plaisir, puisqu’il ne cherche qu’à se faire plaisir à lui-même ! Il consiste à ne jamais faire crédit à la possibilité de partager une joie, par une sorte d’individualisme thérapeutique et préventif. Mais c’est aussi que ce scepticisme est comme toujours une nostalgie de l’« un », le rêve d’une harmonie, d’une unanimité ou d’une communication parfaite, qui rend toute communication impossible et qui écrase la pluralité des êtres. Ce scepticisme voudrait la fraternisation, la compassion ou l’amour absolus, et retombe dans la solitude cynique. C’est ainsi que dans les temps obscurs, on idéalise ceux qui sont assez courageux ou assez cléments pour être « bons » tout seuls, retirés du monde [17], et déchargés du souci du monde et de ses conflits [18].
Mais Hannah Arendt reproche justement aux hommes de notre temps de faire trop facilement usage de la faculté de se retirer du monde, car « avec chaque retrait de ce genre, se produit une perte en monde presque démontrable ; ce qui est perdu, c’est l’intervalle spécifique et habituellement irremplaçable qui aurait dû se former entre cet homme et ses semblables [19] ». Cet intervalle, c’est notre monde, et c’est que ce monde-ci, ce monde commun, ce monde ordinaire, soit bien notre seul théâtre d’apparition, élargi par notre capacité à différer ensemble, ou par notre capacité à nous retirer un par un [20]. C’est ce monde, cet intervalle partagé, qui est rétréci sinon écrasé par notre tentation d’être chacun différent tout seul, insensibilisé aux autres et sceptique quant à la possibilité de leur communiquer nos joies et nos douleurs [21]. Ou écrasé par notre tentation de nous retirer tous ensemble du monde commun, au nom d’une fraternité prétendument supra-politique, ou par la préparation fébrile d’un exode extra-terrestre.
À rebours de cette nostalgie de l’« un », il faudrait donc repartir au contraire du constat émerveillé que dans les mêmes situations nous ne dirions pas tous les mêmes choses, ou pas exactement, que nous parlerions « un peu différemment », comme Austin le montre dans son « plaidoyer pour les excuses ». Et qu’il faut « se jeter » sur le désaccord : « Car l’expliquer est presque toujours éclairant. Si nous tombons sur un électron qui tourne dans le mauvais sens, c’est une découverte, un prodige qu’il faut exploiter, non une raison pour abandonner la physique [22]. » On peut même pousser cette idée jusqu’à dire, comme le fait souvent Ricœur, que c’est la rigueur de la règle que de faire voir (sinon de permettre) ces irrégularités significatives.
Cette remarque sur le fait que nous répondons toujours un peu différemment aux mêmes questions, ou que nous réagissons diversement aux mêmes événements n’est pas à limiter au monde du langage : cette observation métalinguistique est aussi une observation métaphysique, que l’on peut reporter sur toute la gamme des êtres. Je le dirai avec le vocabulaire de Ravaisson dans son magnifique texte De l’habitude, en signalant que l’on peut tenter un rapprochement entre Ravaisson et Emerson. Tout être, et d’autant plus s’il est vivant et intelligent (on sent pointer Bergson), se manifeste par sa capacité à différer, à ne pas « être soumis sans réserve et immédiatement aux influences du dehors [23] », mais au contraire par un écart entre la réceptivité et l’activité, entre ce que l’on subit et ce que l’on agit, entre ce que l’on reçoit et ce que l’on donne. Or l’habitude joue un rôle essentiel dans ce phénomène, puisqu’elle atténue la réceptivité et facilite, augmente l’activité.
Mon problème de crédibilité et de communicabilité peut donc se formuler à peu près comme suit : m’intéresse tout ce à quoi on ne peut pas obliger autrui, ni d’ailleurs soi-même (la crédibilité bute sur les limites de l’autosuggestion), mais qui n’est pourtant pas inexprimable, qu’il n’est pas impossible de lui rendre sensible, de lui communiquer, de lui recommander. D’où ma grande proximité avec les thèses de « Passionate and performative utterances », et mon intérêt particulier pour la septième règle, la règle additionnelle du perlocutoire par rapport à l’illocutoire. Vous pouvez me refuser de partager mon sentiment, cela fait partie du jeu, et je dois montrer, en cherchant à vous le faire partager, que je sais que vous pouvez me le refuser. C’est à cette condition qu’un désir de communiquer (un plaisir, un désir) devient lui-même éventuellement désirable, par une sorte de zigzag sur lequel Cavell insiste avec bonheur.
Et cela rejoint un point souvent relevé par Austin, que l’on retrouve dans de nombreuses situations de la parole et de l’action et que, pour ma part, j’avais observé dans un premier travail sur le pardon [24] : c’est que l’on croit trop que les choses sont soit conditionnées au point d’en être automatiques, soit inconditionnées et quasi magiques. Mais quand « toutes » les conditions sont réunies, cela ne marche pas encore automatiquement, cependant que lorsqu’elles ne sont pas du tout réunies, cela a peu de chance de marcher. On comprendra sans peine l’importance éthique de ce genre de remarque.
Pierre Bayle, au tournant de l’âge classique et des Lumières, se posait une question voisine en cherchant, sans faire appel à des positions d’autorité ni au nombre des suffrages, « à quoi » l’on pouvait reconnaître un bon témoin historique [3]. Si l’on suit ses recommandations, un bon « critère » de reconnaissance de la crédibilité serait sans doute la cohérence : cohérence narrative du témoignage, mais aussi cohérence usuelle ou existentielle du témoin (entre son dire et son faire, par exemple). Mais je suis très sensible à ce que dit Emerson de l’insouci de cohérence dans La Confiance en soi, insouci qui est peut-être la plus belle preuve du sentiment intime de cohérence [4]. Un autre bon critère, et qui équilibrerait probablement bien le premier, serait le pluralisme du témoin, sa volonté de faire place à d’autres témoins, d’encaisser avec sympathie et curiosité l’existence de témoignages différents. Il y a chez Bayle le sceptique simultanément une confiance dans le doute et dans une forme proprement historique de la certitude, qui touche de près à ce qui sera notre question : comment partager (une croyance, par exemple) sans y obliger autrui ou sans y être obligé (de croire, par exemple [5] ).
Mais cette question de la crédibilité touche d’abord la conversation ordinaire. Comme le remarque Stanley Cavell dans son commentaire des investigations de Wittgenstein sur les raisons que je peux avoir de croire en des choses longuement exercées ou répétées, des choses de la vie ordinaire, ces « raisons » ne sont pas destinées à résoudre définitivement un doute précis, mais à éloigner le doute en quelque sorte seulement au fur et à mesure, à « faire entendre des protestations de connaissance, des supplications qu’on me tienne pour crédible [6] ». Cette protestation est aussi discrète et permanente que la demande de reconnaissance que nous nous adressons sans cesse les uns aux autres. Et la confiance mutuelle tient à cette approbation et ce témoignage réciproque par lequel on atteste les uns aux autres que l’on est bien dans le même monde humain. « Être humain c’est attester être humain [7]. »
La question à laquelle je m’en tiendrai pour ma part maintenant est celle du champ éthique. Je voudrais montrer que la crédibilité d’un locuteur ou d’un acteur est indissociable de la capacité pathique (de la sensibilité) de celui, ou celle, ou ceux, qui reçoivent, subissent, et doivent à leur tour interpréter l’action ou la parole qui leur est offerte. Et que la crédibilité tient aussi à la faculté de prendre en compte la (non-)réceptivité d’autrui. Les exigences proprement morales d’ailleurs se distinguent des règles juridiques en ce qu’elles ne peuvent être imposées et sont indissociables de leur réception pragmatique [8], comme Cavell le montre à propos d’un enfant et de sa leçon de piano : faut-il le placer illocutoirement en face d’une exigence altière, parfois décourageante, ou le placer perlocutoirement dans une situation encourageante ? C’est une question délicate car la première posture est subtilement immorale en ce qu’elle peut être perçue comme indifférente à l’autre, et la seconde peut l’être en tenant compte de lui au point qu’il ne sait plus où je suis, ce que je pense ou désire simplement.
L’éthique telle que je la comprends touche à l’ensemble de cet intervalle, et il y aurait donc aussi une éthique des sensations et de la sensibilité, une éthique de la capacité à recevoir, à interpréter, à partager ou à refuser ce que d’autres essayent de nous communiquer. Goethe observait justement que « se confier, c’est nature; accueillir tel quel ce qu’on nous confie, c’est culture [9] ». Et dans ce champ éthique, je m’attacherai tout particulièrement au problème des excuses et du pardon, pour y montrer l’apport des travaux d’Austin, et les replacer sous le questionnement probablement plus vaste qu’y a ouvert Stanley Cavell. J’ajouterai que c’est pour moi très neuf, et que j’ai envie de ne pas aller trop vite, de savourer ce moment de découverte, de confusion et de clarification.
S’il y a quelque chose dont je ne suis pas plus fanatique qu’Austin, c’est de proposer d’avance un programme de questions. Je n’irai malheureusement pas beaucoup plus loin que cet énoncé des questions, mais je vais essayer de m’y tenir. Il s’agira d’abord d’indiquer en quoi les questions éthiques liées à la crédibilité se rapportent à un problème de communicabilité ; c’est par le Kant de la troisième critique que je pénètre dans l’univers de Cavell sinon d’Austin, et je chercherai à expliquer ce rapprochement. Pour mettre la crédibilité à l’épreuve, je prendrai ensuite l’exemple d’un pardon pas toujours très exemplaire : comment faire confiance aux excuses ? Mais la question sous laquelle cette réflexion se tient demeure celle de la fausse assurance avec laquelle un jugement, et notamment une position morale peuvent être affichés ou vous être communiqués sans que vous ayez rien à y redire. La première réponse à ce phénomène de la confiance feinte ou forcée, je l’emprunterai justement aux remarques de Stanley Cavell sur le trouble introduit par la dimension perlocutoire du langage.
CRÉDIBILITÉ ET COMMUNICABILITÉ Un problème kantien Ce problème de la communicabilité a été mon angle d’attaque initial pour rencontrer la question de la crédibilité, et il s’agissait au départ de la communicabilité du sentiment esthétique et des jugements de goût dans la « troisième critique », dont l’auteur est certainement influencé par celui des deux premières, mais se place visiblement dans une optique inédite. Le Kant de l’impératif catégorique ne se pose justement pas le problème pragmatique de la communicabilité et de la réceptivité qu’il rencontre avec autant de finesse dans la Critique de la faculté de juger [10]. Hannah Arendt (un auteur que j’ai découvert récemment pour son intérêt à cette même question) s’intéresse à ce Kant-là parce qu’elle « désire apaiser le sens commun, si gravement offensé par le besoin qu’a la raison de poursuivre, sans savoir où elle va, sa quête de signification [11] », et que c’est là pour elle un problème de philosophie politique que Kant a rencontré au même endroit. Kant observe, dit-elle, que la folie réside dans la perte du sens commun qui nous permet de juger en tant que spectateurs, et il a en vue une éthique des spectateurs capables de se communiquer les uns aux autres ce qu’ils éprouvent, tentant de le partager et éprouvant ainsi qu’ils sont bien dans le même monde [12]. Or, remarque-t-elle, cette communicabilité procure le plaisir supplémentaire, une sorte de plaisir de surcroît, celui de l’approbation, que notre jugement soit approuvé, soit partagé.
C’est en effet tout le problème du plaisir esthétique chez Kant dans la Critique de la faculté de juger : comment communiquer un goût, un amour, une joie, qui ne sont pleinement eux-mêmes qu’à être communiqués, qui n’existent qu’à être partagés. Il est tellement malheureux d’être heureux tout seul ! C’est que le plaisir esthétique est la réconciliation des facultés, et ce sentiment de ne faire qu’un avec sa vie ne peut être obtenu seul : il tient à la possibilité d’un accord entre les humains, à la possibilité d’un bonheur partagé. C’est pourquoi Kant n’hésite pas à dire que la communicabilité universelle de ce sentiment est ce qui rend possible le plaisir esthétique (§ 9), et qu’un homme abandonné sur une île déserte ne chercherait pas la beauté, puisqu’il ne pourrait pas en partager le plaisir, que le goût « n’accorde de valeur aux sensations que dans la mesure où elles peuvent être universellement communiquées » (§ 41). On retrouve d’ailleurs la même idée chez Hannah Arendt : « il ne peut y avoir de bonheur pour un homme si un ami ne le partage pas » et nos vrais amis sont plutôt « ceux à qui nous n’hésitons pas à montrer notre bonheur [13] ».
Le problème est qu’on ne peut pas forcer les autres à éprouver un plaisir [14]. Le plaisir est libre, c’est une sensation ou un sentiment libres. En voulant forcer autrui à éprouver un plaisir, à partager un plaisir, on peut leur faire mal, et d’autant plus que l’on est alors déçu : on ne voulait que leur faire plaisir ! Souvent, le plus grand malheur résulte ainsi du plus grand désir de bonheur. Ce qui est alors demandé, c’est de se résigner à cet échec de la communicabilité tout en continuant à désirer partager la joie, c’est de consentir à une communication déceptible, de cultiver justement une communicativité indissociable d’une déceptivité. Nous avons donc chez Kant, dans le jugement esthétique (qui est expérience, ou dans l’expérience esthétique qui est jugement), un modèle d’universalité tout différent de l’universalité théorique ou pratique de la raison : c’est une universalité incertaine, une universalité de communicativité non imposable, et qui ne peut se déployer qu’au fur et à mesure, de proche en proche, et sans que rien ne soit jamais acquis [15].
C’est pourquoi on retrouve ce que je disais de l’éthique, qu’elle ne saurait se réduire à des règles d’action, ni même au courage d’agir, mais qu’elle doit aussi aller jusqu’au courage de sentir, de ne pas s’anesthésier, s’amputer, se rétrécir, de ses propres sentiments et sensations, de ses propres joies ou plaisirs comme de ses propres souffrances, douleurs ou chagrins. Si notre horizon éthique consiste à sentir ce que nous faisons (à comprendre ce que nous faisons et ce que nous disons, à le vouloir vraiment), on peut dire qu’il y a une corrélation entre notre agir et notre sentir : nous ne pouvons agir vraiment que si nous pouvons sentir, et nous ne pouvons sentir vraiment que si nous pouvons agir. À cette première corrélation s’ajoute celle-ci, que nous ne pouvons nous anesthésier de nos peines qu’en nous anesthésiant de nos joies. Et cette troisième corrélation aussi essentielle, me semble-t-il, à l’éthique : que nous ne puissions nous anesthésier de nos joies ou de nos peines qu’en nous anesthésiant aux joies et aux peines des autres (et réciproquement).
Or je crois rejoindre ici ce qu’écrivait Sandra Laugier à propos de « Wittgenstein, la subjectivité et la voix intérieure » : « l’inconnaissabilité prétendue d’autrui déguise le refus ou l’angoisse de se connaître, ou plutôt de se sentir [16] ». Aujourd’hui, le scepticisme ambiant consiste à ne jamais surtout faire plaisir à autrui, de peur de lui faire du mal, ou de ne jamais accepter qu’il nous fasse plaisir, puisqu’il ne cherche qu’à se faire plaisir à lui-même ! Il consiste à ne jamais faire crédit à la possibilité de partager une joie, par une sorte d’individualisme thérapeutique et préventif. Mais c’est aussi que ce scepticisme est comme toujours une nostalgie de l’« un », le rêve d’une harmonie, d’une unanimité ou d’une communication parfaite, qui rend toute communication impossible et qui écrase la pluralité des êtres. Ce scepticisme voudrait la fraternisation, la compassion ou l’amour absolus, et retombe dans la solitude cynique. C’est ainsi que dans les temps obscurs, on idéalise ceux qui sont assez courageux ou assez cléments pour être « bons » tout seuls, retirés du monde [17], et déchargés du souci du monde et de ses conflits [18].
Mais Hannah Arendt reproche justement aux hommes de notre temps de faire trop facilement usage de la faculté de se retirer du monde, car « avec chaque retrait de ce genre, se produit une perte en monde presque démontrable ; ce qui est perdu, c’est l’intervalle spécifique et habituellement irremplaçable qui aurait dû se former entre cet homme et ses semblables [19] ». Cet intervalle, c’est notre monde, et c’est que ce monde-ci, ce monde commun, ce monde ordinaire, soit bien notre seul théâtre d’apparition, élargi par notre capacité à différer ensemble, ou par notre capacité à nous retirer un par un [20]. C’est ce monde, cet intervalle partagé, qui est rétréci sinon écrasé par notre tentation d’être chacun différent tout seul, insensibilisé aux autres et sceptique quant à la possibilité de leur communiquer nos joies et nos douleurs [21]. Ou écrasé par notre tentation de nous retirer tous ensemble du monde commun, au nom d’une fraternité prétendument supra-politique, ou par la préparation fébrile d’un exode extra-terrestre.
À rebours de cette nostalgie de l’« un », il faudrait donc repartir au contraire du constat émerveillé que dans les mêmes situations nous ne dirions pas tous les mêmes choses, ou pas exactement, que nous parlerions « un peu différemment », comme Austin le montre dans son « plaidoyer pour les excuses ». Et qu’il faut « se jeter » sur le désaccord : « Car l’expliquer est presque toujours éclairant. Si nous tombons sur un électron qui tourne dans le mauvais sens, c’est une découverte, un prodige qu’il faut exploiter, non une raison pour abandonner la physique [22]. » On peut même pousser cette idée jusqu’à dire, comme le fait souvent Ricœur, que c’est la rigueur de la règle que de faire voir (sinon de permettre) ces irrégularités significatives.
Cette remarque sur le fait que nous répondons toujours un peu différemment aux mêmes questions, ou que nous réagissons diversement aux mêmes événements n’est pas à limiter au monde du langage : cette observation métalinguistique est aussi une observation métaphysique, que l’on peut reporter sur toute la gamme des êtres. Je le dirai avec le vocabulaire de Ravaisson dans son magnifique texte De l’habitude, en signalant que l’on peut tenter un rapprochement entre Ravaisson et Emerson. Tout être, et d’autant plus s’il est vivant et intelligent (on sent pointer Bergson), se manifeste par sa capacité à différer, à ne pas « être soumis sans réserve et immédiatement aux influences du dehors [23] », mais au contraire par un écart entre la réceptivité et l’activité, entre ce que l’on subit et ce que l’on agit, entre ce que l’on reçoit et ce que l’on donne. Or l’habitude joue un rôle essentiel dans ce phénomène, puisqu’elle atténue la réceptivité et facilite, augmente l’activité.
Mon problème de crédibilité et de communicabilité peut donc se formuler à peu près comme suit : m’intéresse tout ce à quoi on ne peut pas obliger autrui, ni d’ailleurs soi-même (la crédibilité bute sur les limites de l’autosuggestion), mais qui n’est pourtant pas inexprimable, qu’il n’est pas impossible de lui rendre sensible, de lui communiquer, de lui recommander. D’où ma grande proximité avec les thèses de « Passionate and performative utterances », et mon intérêt particulier pour la septième règle, la règle additionnelle du perlocutoire par rapport à l’illocutoire. Vous pouvez me refuser de partager mon sentiment, cela fait partie du jeu, et je dois montrer, en cherchant à vous le faire partager, que je sais que vous pouvez me le refuser. C’est à cette condition qu’un désir de communiquer (un plaisir, un désir) devient lui-même éventuellement désirable, par une sorte de zigzag sur lequel Cavell insiste avec bonheur.
Et cela rejoint un point souvent relevé par Austin, que l’on retrouve dans de nombreuses situations de la parole et de l’action et que, pour ma part, j’avais observé dans un premier travail sur le pardon [24] : c’est que l’on croit trop que les choses sont soit conditionnées au point d’en être automatiques, soit inconditionnées et quasi magiques. Mais quand « toutes » les conditions sont réunies, cela ne marche pas encore automatiquement, cependant que lorsqu’elles ne sont pas du tout réunies, cela a peu de chance de marcher. On comprendra sans peine l’importance éthique de ce genre de remarque.
la définition de l´éthique
L'éthique est classiquement considérée comme l'une des trois branches de la philosophie, à côté de la physique et de la logique (par exemple, chez les Stoïciens, chez Kant). L'éthique est la connaissance normative du comportement humain, dont la fin est la connaissance et l'action droites : les Stoïciens grecs privilégient la connaissance, les Romains l'action. Pour ces philosophes, il s'agit de connaître les normes de la nature, c'est-à-dire de la raison (car le monde physique est informé selon ses lois qui sont l'expression du divin) ; cette connaissance est la sagesse, état de la psyché (âme) qui la rend en quelque sorte invincible. En ce sens, l'éthique suppose une maîtrise surhumaine des passions ; au point de vue des Anciens, cette maîtrise rapproche du dieu du monde.
L'éthique permet de déterminer ce qui est "bon" et ce qui est "mauvais", ce qu'il est légitime de faire, et ce qui est illégitime. L'usage moderne de ce mot tend à le rendre équivalent à la « morale » ("morale" et "éthique" sont des mots d'origine respectivement latine et grecque qui ont tous deux le sens de "moeurs" : les philosophes emploient souvent les deux termes en leur donnant des sens différents, variables d'un philosophe à l'autre).
L'étude du fondement de la morale est une question philosophique difficile. Plusieurs philosophes affirment qu'une éthique repose nécessairement sur une métaphysique (Schopenhauer), ou tout du moins qu'elle requiert des postulats d'ordre métaphysique (Kant). Hume soutient qu'on ne peut inférer une éthique normative de propositions factuelles ou de prémisses descriptives (on ne peut pas passer de l'être au devoir-être). Un utilitariste tel que John Stuart Mill fait dériver les règles morales de l'expérience, qui a permis aux hommes d'acquérir "des croyances fermes concernant les effets de certaines actions sur leur bonheur". Le fondement de la morale sera trouvé selon les cas dans une théologie morale, dans une anthropologie philosophique (qu'est-ce que l'homme et que doit-il être ?), ou dans une approche non dogmatique qui privilégie la cohérence des principes éthiques plutôt que la recherche de leur fondement (ce qui est la tendance moderne).
L'éthique permet de déterminer ce qui est "bon" et ce qui est "mauvais", ce qu'il est légitime de faire, et ce qui est illégitime. L'usage moderne de ce mot tend à le rendre équivalent à la « morale » ("morale" et "éthique" sont des mots d'origine respectivement latine et grecque qui ont tous deux le sens de "moeurs" : les philosophes emploient souvent les deux termes en leur donnant des sens différents, variables d'un philosophe à l'autre).
L'étude du fondement de la morale est une question philosophique difficile. Plusieurs philosophes affirment qu'une éthique repose nécessairement sur une métaphysique (Schopenhauer), ou tout du moins qu'elle requiert des postulats d'ordre métaphysique (Kant). Hume soutient qu'on ne peut inférer une éthique normative de propositions factuelles ou de prémisses descriptives (on ne peut pas passer de l'être au devoir-être). Un utilitariste tel que John Stuart Mill fait dériver les règles morales de l'expérience, qui a permis aux hommes d'acquérir "des croyances fermes concernant les effets de certaines actions sur leur bonheur". Le fondement de la morale sera trouvé selon les cas dans une théologie morale, dans une anthropologie philosophique (qu'est-ce que l'homme et que doit-il être ?), ou dans une approche non dogmatique qui privilégie la cohérence des principes éthiques plutôt que la recherche de leur fondement (ce qui est la tendance moderne).
vendredi 23 janvier 2009
Le marketing "éthique" des maisons de luxe
Avant Noël, les marques de luxe ont multiplié leurs opérations caritatives en faveur des enfants défavorisés ou de la recherche médicale. Des bonnes actions qui visent aussi à humaniser ou à rectifier leur image en période de crise.
Sous l'impulsion de sa directrice de création, Frida Giannini, Gucci (groupe PPR) a créé depuis trois ans une collection exclusive, dont 25 % des ventes sont versées au profit des différents programmes de l'Unicef en Afrique subsaharienne (soins médicaux, protection des orphelins et enfants atteints du sida, assainissement de l'eau...). Cette ligne de produits - Tattoo Heart -, qui va du sac à main à broderie, en python blanc et en forme de coeur à 3 290 euros, à la simple bougie à 65 euros, sera vendue dans vingt pays jusqu'à fin janvier. Tous événements confondus, Gucci a apporté plus de 5 millions de dollars (3,5 millions d'euros) à cette organisation caritative.
De son côté, le joaillier italien Bulgari espère récolter une dizaine de millions d'euros en 2009 pour l'organisation non gouvernementale (ONG) Save the children - elle participe notamment à l'éducation des enfants dans les zones de conflit -, grâce à la commercialisation d'une petite bague en argent et la mise aux enchères de créations de haute joaillerie. Versace n'est pas en reste et aide, en Chine, la Fondation One, créée par l'acteur Jet Li, pour aider les enfants atteints de troubles psychologiques posttraumatiques. Plus discrète, la maison Hermès a initié le 20 novembre la Fête de la couleur en partenariat avec l'Unicef pour défendre les droits des enfants. Chaque année, 150 créateurs de mode participent à une grande braderie, le premier week-end de décembre, dont les fonds sont versés à l'association AIDES qui lutte contre le sida. La dernière a rapporté plus de 200 000 euros.
A l'origine de la très chic marque de vêtements pour enfants Bonpoint, Marie-France Cohen, peine à créer une fondation, baptisée Merci, pour aider les enfants de Madagascar. Grâce aux dons de couturiers - dont Yves Saint Laurent, Stella McCartney ou Paul Smith -, elle souhaite ouvrir en mars une boutique à prix raisonnables à Paris, dont tous les bénéfices iraient à la fondation. Ce qui juridiquement semble être un beau casse-tête. Les exemples de bonnes oeuvres dans le luxe sont donc légion.
SE REFAIRE UNE VIRGINITÉ
Aux yeux du sociologue Gilles Lipovetsky, "le secteur n'échappe plus à la logique de la communication. Il doit prendre en compte des problèmes sociétaux, universels, comme le développement durable ou les droits de l'homme". Cette hybridation de la frivolité et de l'éthique vient du fait que le luxe s'adresse désormais à tous, comme le montre l'omniprésence des campagnes de publicité du secteur.
"Le processus de mondialisation contraint le luxe à s'interroger sur lui-même. Longtemps, sa légitimation venait de la position sociale de ses clients. Ce n'est plus vrai : il est sorti de sa confidentialité bourgeoise", poursuit le sociologue. Selon lui, il copie les techniques marketing de la grande consommation. Les "produits-partage" qui consistent à reverser à l'Unicef 1 euro pour l'achat d'un Big Mac existent depuis des années. Ces opérations caritatives permettent au luxe de légitimer ses marques, de rectifier une image, de se refaire une virginité.
Gilles Lipovetsky rappelle qu'historiquement la culture du luxe a toujours été liée à une dimension de générosité, ou "aux cadeaux ostentatoires" des cérémonies du potlatch des Indiens d'Amérique du Nord. Longtemps, les riches devaient donner sans quoi ils perdaient leur statut. Aujourd'hui, les marques de luxe ne sont pas obligées de donner, mais elles y ont intérêt. "Donner à des oeuvres comme l'Unicef ou à la recherche pour le sida s'apparente à des opérations de marketing éthique", dit-il. Au point où l'on assiste entre les marques à une rivalité dans ce domaine, "la même qui les pousse à essayer d'avoir la tour la plus haute à Ginza, le quartier chic de Tokyo".
Elyette Roux, professeur de gestion à l'université Paul-Cézanne d'Aix-en-Provence confirme que "la culture du don et de la redistribution d'une partie des richesses aux plus démunis fait partie intégrante de la culture du luxe. Hermès, Cartier ou LVMH l'ont toujours fait. La plupart du temps de façon discrète, comme quelque chose d'inhérent à leurs valeurs. Gucci, Bulgari ou Versace s'y mettent de façon plus récente. Pour faire du marketing intelligemment ? Imiter leurs concurrents ? Avoir aussi leurs oeuvres" ? Si la crise avait pour effet de stopper ces actions, "cela montrerait qu'il ne s'agissait que de moyens conjoncturels de se donner bonne conscience", tranche-t-elle.
Sous l'impulsion de sa directrice de création, Frida Giannini, Gucci (groupe PPR) a créé depuis trois ans une collection exclusive, dont 25 % des ventes sont versées au profit des différents programmes de l'Unicef en Afrique subsaharienne (soins médicaux, protection des orphelins et enfants atteints du sida, assainissement de l'eau...). Cette ligne de produits - Tattoo Heart -, qui va du sac à main à broderie, en python blanc et en forme de coeur à 3 290 euros, à la simple bougie à 65 euros, sera vendue dans vingt pays jusqu'à fin janvier. Tous événements confondus, Gucci a apporté plus de 5 millions de dollars (3,5 millions d'euros) à cette organisation caritative.
De son côté, le joaillier italien Bulgari espère récolter une dizaine de millions d'euros en 2009 pour l'organisation non gouvernementale (ONG) Save the children - elle participe notamment à l'éducation des enfants dans les zones de conflit -, grâce à la commercialisation d'une petite bague en argent et la mise aux enchères de créations de haute joaillerie. Versace n'est pas en reste et aide, en Chine, la Fondation One, créée par l'acteur Jet Li, pour aider les enfants atteints de troubles psychologiques posttraumatiques. Plus discrète, la maison Hermès a initié le 20 novembre la Fête de la couleur en partenariat avec l'Unicef pour défendre les droits des enfants. Chaque année, 150 créateurs de mode participent à une grande braderie, le premier week-end de décembre, dont les fonds sont versés à l'association AIDES qui lutte contre le sida. La dernière a rapporté plus de 200 000 euros.
A l'origine de la très chic marque de vêtements pour enfants Bonpoint, Marie-France Cohen, peine à créer une fondation, baptisée Merci, pour aider les enfants de Madagascar. Grâce aux dons de couturiers - dont Yves Saint Laurent, Stella McCartney ou Paul Smith -, elle souhaite ouvrir en mars une boutique à prix raisonnables à Paris, dont tous les bénéfices iraient à la fondation. Ce qui juridiquement semble être un beau casse-tête. Les exemples de bonnes oeuvres dans le luxe sont donc légion.
SE REFAIRE UNE VIRGINITÉ
Aux yeux du sociologue Gilles Lipovetsky, "le secteur n'échappe plus à la logique de la communication. Il doit prendre en compte des problèmes sociétaux, universels, comme le développement durable ou les droits de l'homme". Cette hybridation de la frivolité et de l'éthique vient du fait que le luxe s'adresse désormais à tous, comme le montre l'omniprésence des campagnes de publicité du secteur.
"Le processus de mondialisation contraint le luxe à s'interroger sur lui-même. Longtemps, sa légitimation venait de la position sociale de ses clients. Ce n'est plus vrai : il est sorti de sa confidentialité bourgeoise", poursuit le sociologue. Selon lui, il copie les techniques marketing de la grande consommation. Les "produits-partage" qui consistent à reverser à l'Unicef 1 euro pour l'achat d'un Big Mac existent depuis des années. Ces opérations caritatives permettent au luxe de légitimer ses marques, de rectifier une image, de se refaire une virginité.
Gilles Lipovetsky rappelle qu'historiquement la culture du luxe a toujours été liée à une dimension de générosité, ou "aux cadeaux ostentatoires" des cérémonies du potlatch des Indiens d'Amérique du Nord. Longtemps, les riches devaient donner sans quoi ils perdaient leur statut. Aujourd'hui, les marques de luxe ne sont pas obligées de donner, mais elles y ont intérêt. "Donner à des oeuvres comme l'Unicef ou à la recherche pour le sida s'apparente à des opérations de marketing éthique", dit-il. Au point où l'on assiste entre les marques à une rivalité dans ce domaine, "la même qui les pousse à essayer d'avoir la tour la plus haute à Ginza, le quartier chic de Tokyo".
Elyette Roux, professeur de gestion à l'université Paul-Cézanne d'Aix-en-Provence confirme que "la culture du don et de la redistribution d'une partie des richesses aux plus démunis fait partie intégrante de la culture du luxe. Hermès, Cartier ou LVMH l'ont toujours fait. La plupart du temps de façon discrète, comme quelque chose d'inhérent à leurs valeurs. Gucci, Bulgari ou Versace s'y mettent de façon plus récente. Pour faire du marketing intelligemment ? Imiter leurs concurrents ? Avoir aussi leurs oeuvres" ? Si la crise avait pour effet de stopper ces actions, "cela montrerait qu'il ne s'agissait que de moyens conjoncturels de se donner bonne conscience", tranche-t-elle.
mercredi 21 janvier 2009
Comment est la vie en 2020?

La réponse précise, bien sûr, personne ne l'a fait. Pendant ce temps, un partenariat entre Ericsson et le réseau de télévision CNN a rencontré certains des plus grands esprits des pensées futuristes du monde pour essayer de montrer comment la vie sera en 2020. En conjuguant les efforts, a créé la série "Just Imagine", qui, par le biais d'une minute films, examine les possibilités dans plusieurs domaines.
Space Voyage, de la vie dans la ville, de divertissement, de la conception et autres sujets de programmes ont été élaborés pour la série. Pour donner une idée de ce que nous pouvons nous attendre dans les prochaines décennies, par exemple, le scientifique Naomi Halas décrit comment de minuscules nanoconchas mai, à l'avenir, contenir la clé de la guérison du cancer. En plus de son, Alex Steffen, fondateur de Worldchanging.com, site qui analyse les changements dans le monde, à ce qu'il imagine que l'Internet permettra aux communautés à travers le monde.
D'autres mettent à court d'idées pour déterminer les gènes, de la peau et la couleur des cheveux d'un enfant même avant sa naissance, ou comment la nature peut inspirer de nouvelles technologies, des produits et des entreprises, entre autres sujets fascinants.
Inscription à :
Articles (Atom)